REVUE DES LIVRES 123 L'histoire'du monde social se diviserait en trois grandes phases : l'âge de la production spontanée et des engins à bras - l'âge des machines - l'âge de la houille, c'est-a-dire de la vapeur et de l'électricité. Dans sa première partie, l'auteur estime notamment que la variété <les croyances répond à d'anciennes diversités des hommes en nie de se procurer la vie matérielle. Mais il faut bien dire, avec M. A. Souchon, professeur à la faculté de droit de Lyon, qui a exprimé cette opinion, dans la Revue d'Écouomie politique, que sur ce point capital (sur d'autres aussi), les explications de M. Vignes manquent quelque peu de rigueur scientifique, nous ajoutons de clarté. De plus nous n'avons pas pu démêler si M. Vignes, qui a écrit sur le christianisme des choses à apparences contradictoires, admettait réellement et entièrement l'explication donnée par Le Play du dûalisme religieux des peuples primitifs, explication d'après laquelle les variétés du fétichisme et du polythéisme auraient leur source dans des conditions naturelles et variables de Lieu et de Travail, tandis que le Monothéisme aurait lui sa source dans la R,évélation ... Histoire de la lutte et des diverses associations pour l'existence, et par voie de conséquence hi,stoire de la lutte des classes - vue sous un jour particulier, - et adoption de l'agrégat-famille comme cellule sociale ou monde sociétaire, voilà la ·trame ourdie par M. Vignes à l'aide de nombreuses considérations sur les origines et le procès civilisateur de tous arts et métiers (fabrication, transports, échanges, professions libérales)... • La Religion, la Guerre, l'État, les Beaux-Arts et les Sciences donnent naissance aux professions libérales dont les conditions sociales sont également fouillées et obser\'ées à tous les âges de la civilisation. En certains passages M. Maurice Vignes paraît être assuré que l'humariité ne pourra jamais se passer du prêtre; mais sur ce point il est moins formel que sur le cas du militaire. M. Vignes, qui a pris à M. Demolins ses catégories de sociétés à formation communautaire ou particulariste, ne lui a certes pas emprunté son scepticisme dédaigneux à l'égard du militarisme. Au cours de ces deux volumes l'on ne rencontre pas un seul arrêt aussi catégorique que celui formulé sur le caractère normal de la guerre : « La guerre a été et reste un des facteurs les plus puissants de la civilisation. - Quoi qu'en disent les membres de ces naïves Ligues de la Paix qui encombrent les journaux et les congrès de leurs anarchiques projets, pitoyable expression de l'universe\le couardise bourgeoise, la fonction sociale de la guerre ne nous paraît pas épuisée. Elle est l'outil de pénétration, l'instrument d'expansion... L'armée assure la paix intérieure en rendant presque impossibles les révolutions sanglantes et - prépare la fondation plus ou moins complète des États-Unis d'Europe. » Voilà du moins une thèse originale. C'est au militarisme que nos neveux seront redevables des États-Unis d'Europe, et non pas à la croissante influence de l'Internationale ouvrière. Nous aurions préféré voir M. Vignes exercer son esprit un peu moins aux dépens des rêveurs humanitaires, et un peu- plus aux dépens de ceux qui prétendent impossible une législation internationale du travail. Mais M. Maurice Vignes lui-même déclare impossible cette législation internationale, et à son propos se moque encore des « beaux parleurs des congrès internationaux ». Cependant il nous semble que '
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