122 LA REVUE SOCIALISTE * * * J.-B.-Maurice VIGNES, chargé du cours d'économie politique à la Faculté de droit de Grenoble. - La Science sociale, d'après les principes de Le Play et de ses continuateurs. - Tomes IX et X de la Bibliothèque sociologique internationale. Paris, Giard et Erière, 2 vol. in-8 brochés, 16 fr.; en reliure souple spéciale, 20 fr. Cet ouvrage, résultat d'un énorme labeur, débute naturellement par la glorification de la méthode analytique monographique de Le Play. Mais précisément parce que la matière sociale est compliquée de phénomènes si complexes, n'est-cc pas une raison pour admettre en sociologie toutes les méthodes, à la condition de s'en servir pour les contrôler les unes par les autres. Nous ne voyons pas pourquoi l'hypothèse elle-même serait bannie de la sociologie, alors qu'elle a rendu tant de services aux autres sciences et aidé à de nombreuses découvertes. M. Maurice Vignes va jusqu'à reprocher à Comte et à Condorcet leur doctrine du progrès social : « Il faut la rejeter résolument, la doctrine du progrès social, même limité, n'étant jusqu'ici qu'une pure hypothèse. » Cependant les neuf cents pages de l'ouvrage de M. Vignes sont consacrées à la description des progrès réalisés par l'humanité à ses différents stades, et à élargir la méthode d'informations sociales dite Le Play. Il essaie de tirer de l'œuvre de Le Play et de ses disciples toute une sociologie. Ce qu'Auguste Comte a fait en systématisant et en développant les idt!es éparses dans les ouvrages des penseurs qui l'ont précédé, M. Maurice Vignes l'entreprend en bornant sa synthèse analyti,1ue aux recherches et descriptions opérées selon les préceptes de Le Play. Bien qu'il s'en défende, il y a donc une synthèse chez M. Vignes; certes elle n'est qu'à l'état latent, mais un jour viendra où elle se dégagera nettement dans un prochain livre. M. Vignes se défend aussi de vouloir faire de l'art social. Et pourtant, de même que son œuvre déborde souvent du cadre Le Play qu'il s'est imposé, de même sa pensée dépasse parfois les l'imites des pures études sociales visant uniquement à découvrir et à décrire l'état présent ou passé des sociétés, et, surtout dans la dernière partie, l'on sent la recherche intinie des « moyens de guérir les maux des sociétés, d'améliorer le sort du plus grand nombre », l'on voit sourdre le souci de « l'art du bonheur public>>. Finalement proche du socialisme par ses tendances interventionnistes, M. Maurice Vignes se rapproche d'abord du marxisme par ses explications matérialistes de l'histoire. li est \'rai que Le Play aussi expliquait l'origine de toutes les différenciations humaines par des différences économiques. Pour M. Vignes le processus économique a été la cause des évolutions successives tant des formes de l'existence que des idées des ·hommes, et « les principales transformations sociales se rattachent à l'évolution des modes de production du pain quotidien». Autant dire que la question du nombre a guidé l'humanité ...
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