La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

' ' REVUE DES LIVRES 121 et recouvre cette anatomie, jusqu':iux reflets multicolores <lel'imagin:ition. En d'autres termes, il n'y a p:ts de fait de l'histoire qui ne r:tppelle, par son origine, les conditions de la structure économique sous-jacente; 111aiisl u'y a pas defait de l'histoire qui ue soit précédé,acco111pag1r1néiv, i par des formes déter111i11éesde co11scimc..e. " (P. 138. Cf. p. 152.) Ces déclarations sont nettes. Mais :ilors nous demanderons à M. Labriola - les mots ont leur importance, quoi qu'il en dise (p. 118), et je n'en veux d'autre preuve que les équivoques qu'il combat - d'appeler cette conception de l'histoire que nous croyons vraie, non pas matérialisme, mais détern1i11is111e historique,. - Puisqu'il ne s'agit ici que de science, laissons a la métaphysique le concept de matière commt: a la morale celui d'idéal; et si, par matérialisme, on entend, d:ins un autn: sens, la << réduction du complexe au simple», je vois bien que M. Labriola explique que les faits de l'histoire se ramènent tous rr e11dernière i11sta11ce 11 (p. 135) - " en dernière analyse 11 à la structure économique; :11ais, en cc faisant, il crée de nouveau l'èqui,·oque qu'il avait voulu dissiper. Je ne sais pas bien ce qu'on entend au juste, quand l'on dit qu'on a réduit la chaleur ou la lumière au mouvement; je le sais encore bien moins, quand l'on dit que l'on réduit tous les faits de l'histoire aux faits économiques : il ne s'agit pas, dans la science sociale, de réduire, mais de relier entre eux les divers phénomènes, de déterminer les uns par les autres di,·ers ordres de faits qui sont en perpétuelle et 111uluelle réaction, qui sont i11terdr!penda11/s. La science n'a pas a se demander si les faits moraux par exemple dêpendent des faits économiques plus que les faits économiques des faits moraux; elle ne connaît pas les demières inst:inces ni les der11iéres analyses. Le déterminisme historique est la clef de la sociologie. M. Labriola la définit très bien (p. 274) « la science des fonctions et des variations sociales»; il :i très bien compris et très bien montré que c'est une science de synthèse dont l'œuvre propre est de réaliser l'unité de l'histoire. « L'homme, dit-il, ne fait pas plusieurs histoires en même temps, mais toutes ces prétendues histoires différentes (art, religion, science, etc.,) en font une seule. » (P. 257 et sqq .)- Du même coup se trouvent établis les vrais rapports entre l'histoire telle qu'elle a existé jusqu'il :iujourd'hui et la sociologie de demain. « Le véritable problème consiste en effet, non pas a substituer la sociologie à l'histoire, comme si celle-ci avait été une apparence qui cache derrière elle une réalité secrète, m:iis à comprendre i11tégrale111wt l'histoire dans toutes ses manifestations intuiti\'CS... » (P. 269.) - Pourquoi M. Labriola renouvclle-t-il toujours la même équivoque en ajoutant : « et a la comprendre grâce a la sociologie économique »? Pourquoi pas aussi bien, comme le pensent les positivistes, « grâce à la sociologie intellectuelle »? On le voit, p:ir ces dtations que nous avons multipliées à dessein, le livre de .M. L1briola marque une érnlution décisi,·c du matérialisme historique, tel que nous étions habitués à le connaître. Nous saluons en lui un précurseur encore incertain de la sociologie positive dont la méthode, croyons-nous, ne sera ni l'idéalisme, ni le matérialisme, mais le déterminismehistorique - dont l'objet sera, non pas spécialeu1ent l'histoire des idées, non pas spécialement l'histoire économique, mais l'histoire intégrale. La science sociale grandit, comme le socialisme, en s'élargissant. HENRI GENEVRAY.

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