La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

120 LA REVUE SOCIALISTE REVUE DES LIVRES Antonio LABRIOLA. - Essais sur la Conception matérialiste de !'Histoire. - Bibliotheque socialiste internationale. Paris, Giard et Bricre. 1897. En ouvrant le livre de M. Labriola, surtout si vous lisez la préface de M. G. Sorel, vous éprouverez d'abord une impression pénible : vous vous attendiez à un livre de critique, et vous ne pensez trouver que la polémique la plus amère ; et si vous vous proposiez de critiquer cc livre, vous serez peu rassuré : car vous aurez peur d'être traité de « niais » ou d' « hystérique ». Mais que les excès de langage, qu'un style qui trop souvent sonne faux avec violence ne détournent pas l'attention sérieuse de nos adversaires et l'étude sympathique de nos amis : ces Essais - sans compter nombre de pages <l'histoire et de critique sociales pénétrantes et généreuses - sont pleins de vues justes et neuves sur la méthode et l'objet de la sociologie. Que faut-il entendre par « matérialisme historique »? M. Labriola exécute avec une sévérité méritée les paradoxes violents du matérialisme rnlgaire, d'après lequel « la mora)e, l'art, la religion ne sont que des produits des conditions économiques - des effiuves, des ornements, des irradiations et des mirages des int0:-~ts matériels». (P. 2.p. Cf. p. 154.) - « Il ne s'agit pas,/ dit-il, d'étendre le soi-disant facteur économique, isolé d'une façon abstraite, à tout le reste, comme se l'imaginent nos adversaires; mais il s'agit a,·ant tout de concevoir historiquement l'i::co110111ique et d'expliquer les autres changements au moyen de ses changements. » (P. I08.) - « Cette doctrine réaliste ne fut pas et ne veut pas être la rébellion de l'homme matériel contre l'homme idéal. Elle a été et elle est, au contraire, la découverte des principes et des moteurs véritables et propres de tout dèveloppement humain, y co111pritsout ce que 11011asppelons l'idéal, etc. » (P. 127, 128.) - « L'amour du paradoxe seul, inséparable toujours du zèle des vulgarisateurs passionnés d'une doctrine nouvelle, peut avoir amené certains à croire que pour écrire l'histoire il suffirait de mettre en évidence uniquement le 1110111e11t éco11omiq11e (souvent encore inconnu et souvent inconnaissable) pour, ensuite, jeter à terre tout le reste comme un fardeau inutile dont les hommes s'étaient capricieusement chargés, comme un accessoire, en somme une simple bagatelle, ou même comme quelque chose d'inexistant. >> (P. 133, 1 3-1-.)- « L'histoire ne consiste pas seulement dans l'anatomie économique, mais dans tout cet ensemble qui re,·êt

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