CHRONIQUE THÉATRALE IOI violence. Et surtout il leur déconseille d'accepter le secours des députés socialistes, qui sont les mauvais bergers : ceux-la n'interyiennent dans les grèves que pour pérorer, se mettre en lumicre et accroitre leur propre influence. Et ainsi Jean Roule, ou M. Octave Mirbeau - ici c'est tout un - dédaigne et accuse les reprcsentants élus du socialisme tout comme font les patrons dans la vie réelle .. L'auteur a réussi a mettre d'accord l'anarchie et le capita1isme. S,rns compter que la douce Madeleine nous gratifie d'une belle tirade sur le Christ mort pour racheter les hommes .. L'éloge de l'esprit chrétien, la déconsidération jetée sur ceux qui dans les assemblées combattent le gouvernement, des revendications incertaines, plutôt latentes que formulées nettement, si bien que, en sortant du spectacle, on ne saura quoi demander et qu'on aura plutôt une tendance a la résignation, eh! mais, voilà plus qu'il n'en faut pour faire une pièce sinon réactionnaire du moins inoffensive. M. Mirbeau a complété depuis sa pensée dans un article, comme je l'ai dit. Non seulement il en veut aux députés socialistes dont il n'aime point la personne, mais encore il exècre les principes mêmes du socialisme qui, dit-il, tendent à asservir l'humanité. Servitude! voilà le grand mot làché, chaque fois que les adversaires du socialisme ouvrent la bouche. C'est leur tarteà la crê111e. En régime socialiste, parait-il, tous les hommes seront esclaves : il n'existera plus aucune indépendance pour personne. Ne répondez pas que les socialistes aiment la liberté passionnément, avec autant de ferveur qu'on peut l'aimer. Ne répondez pas que dans l'état actuel il y a une liberté, il est vrai, pour les riches, mais nulle ou à peu près pour les pauvres; qùe la liberté dont jouit chacun est directement proportionnelle à l'argent qu'il a dans sa poche; que la liberté d'aujourd'hui est la liberté de la bataille et de la tuerie; qu'e!I-e a pour résultat de laisser écraser le faible par le fort: que le socialisme, en administrant les choses, prétend mettre les individus en état de récolter justement le fruit de leur travail' volontaire; que l'asservissement résulte de la liberté employée comme moyen entre des êtres inégaux en puissance, mais qu'au contraire la liberté comme but résultera d'une meilleure organisation sociale; ne dites rien de tout cela, car on haussera les épaules sans discuter, en répliquant : Servitude, servitude! Cela est si simpie et si facile! Cependant comme on ne peut avouer décemment qu'on accepte l'état actuel avec ses révoltantes injustices, comme on ne veut pas non plus du socialisme, on se déclare bravement anarchiste. Certes je connais parmi les anarchistes des penseurs sincères et convaincus. Mais combien y en a-t-il qui affichent cette opinion au hasard, par mode, par élégance, sans en mesurer la portée, sans n1ême la con- /
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