l00 LA REVUE SOCIALISTE mène fort les gens Gt les choses. Mais on n'a pas remarqué qu'il l'employfit à rendre et à soutenir des idées. C'est un bon écrivain qui voit, qui sent, qui exprime avec intensité, ce n'est pas un penseur qui se soit fait une philosophie, ni qui possède une doctrine. On sait seulement en gros qu'il n'aime pas les théories socialistes, car il a pris la peine de le dire <lans un article explicatif de sa pièce, et l'on sait de plus qu'il est vaguement anarchiste. C'est en effet un anarchiste, Jean Roule, qui est le héros de sa pièce; du moins je le crois tel, car le mot anarchie n'est pas prononcé au cours de l'ouvrage. J can Roule, qui a beaucoup couru le monde, qui a conspiré, qui a été condamné pour vol, est ouvrier dans une usine métallurgique dont le patron, M. Hargand, appartient à la race des bons patrons : il n'y en a pas d'autres au théâtre. Je n'y ai guère vu que de bons patrons. Le patron égoïste, cynique, brutal et cupide, est inconnu des auteurs dramatiques. C'est un mythe qu'ils n'ont pas rencontré dans la vie. Je crois naiment qu'ils ne cherchent pas bien et qu'ils ne regardent pas d'assez près. Donc le patron Hargand est bon; à peine a-t-il ce travers d'être un homme autoritaire, n'aimant pas qu'on lui fasse la loi. De plus il a un fils, Robert, qui est encore meilleur que lui, un fils prêcheur, ami des humbles, voulant le bonheur des hommes, et n'ayant qu'un tort, c'est de ne pas dire par quel moyen. Et c'est grand dommage. Ils sont trois la dedans qui veulent le bonheur universel : Robert, Jean Roule, et la femme de ce dernier, Madeleine, une âme sympathique et tendre qui parle toujours de concorde. Malheureusement ils ne nous disent pas quelle voie doit les conduire à la réalisation de leur rêve fraternel. Passe encore pour Jean et Madeleine qui, étant peu cultivés, peuvent n'avoir que des aspirations vagues. Mais Robert est un riche qui a fait ses études, qui a dû réfléchir et se créer une opinion sur les réformes à pratiqÙer. Nous lui serions bien obligés de nous les dire. Il n'en souffie mot et débite, comme les autres, des phrases vaincs et des discours enflés. Or Jean Roule a poussé ses camarades à la grève pour obtenir l'amélioration de leur sort. Il n'est pas très exigeant : il demande au bon patron la journée de huit heures, l'assainissement des ateliers insalubres - comment, chez un bon patron, il y avait encore des ateliers insalubres! - et une bibliothèque d'agrément, car les ouvriers ont droit a de la beauté. Le bon patron refuse et, la mort dans l'âme, il demande le secours de la troupe, et comme la troupe est toujours a la disposition des patrons, elle s'empresse d'accourir. C'est une chose remarquable que, chaque fois que les patrons appellent les soldats a leur secours, c'est à leur corps défendant. Ils savent qu'ils vont faire périr quelques grévistes, sur lesquels ils versent d'avance des larmes, mais c'est malgré eux et pour le bien même de ces mêmes grévistes. Alors Jean Roule, soutenu par Madeleine, excite les ouvriers a la.
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