La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

CHRONIQUETHÉATRALE 99, CHRONIQUE THÉATRALE THÉATREDE LARENAISSANC:E Les A1auvaisBergers, pièce en cinq actes, de M. Octave MIRBEAU. Si vous voulez mesurer l~s progrès faits par la question sociale dans les prèoccupations de l'esprit public, jetez les yeux sur les affiches de théâtres. Elle s'impose à tous : elle sort des livres théoriques ou l'étude en est née, des journaux, des assemblées délibérantes : elle se répand à trav~rs les œuvres d'art, dans les romans; la voilà maintenant qui s'affirme sur la scène, non plus à la rampe des théâtres irréguliers, , mais à celle des théâtres littéraires et mondains, et elle y trouve, pour jeter son verbe à la foule, des interprètes parmi les plus célèbres acteurs de l'époque. Comptez les ouvrages qu'elle a suscités en France .,, et à l'étranger depuis dix ans : Germinal d'Émile Zola, Les Tissera11ds de Hauptmann, Au delà des Forceshumaines de Bjornstjern-Bjornson, La Pâquesocialiste d'Émile Veyrin, tout récemment Le Repasdu Lion de François de Curel, enfin Les Mauvais Bergers, et j'en oublie. Cette succession de pièces importantes prouve combien l'attention générale est attirée par des sujets qui jadis ne trouvaient même pas d'expressions et étaient passés sous silence. Quel changement! Lorsque les hommes s'habituent ainsi peu à peu à accueillir l'exposé de certaines nouveautés qui les effrayaient d'abord, ils se familiarisent avec elles, ils en com- . prennent la portée, ils arrivent graduellement à les admettre et, leur cerveau se modifiant à la longue, les mœurs et les lois sont bien près d'accepter et de codifier ce qui a déjà pénétré les esprits. A la vérité les pièces que j'ai citées plus haut exposent des situations plutôt qu'elles ne développent des idées. Et en effet les idées abstraites sont très difficiles à présenter au théâtre. Seul M. Émile Veyrin a trouvé une formule dramatique et saisissante qui donne une existence concrète aux principes du socialisme. Mais c'est déjà beaucoup que les autres aient su émouvoir en montrant la situation des ouvriers devant les patrons. Il résulte de ces tableaux une utile agitation intellectuelle. Même la pièce de M. Mirbeau, Les MauvaisBergers, qui ne conclut à rien, est salutaire en un sens, puisqu'elle provoque la discussion. M. Octave Mirbeau a fait preuve souvent, surtout dans le journalisme, d'un talent correct, âpre et vigoureux, à l'aide duquel il mal-

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