86 LA REVUE SOCIALISTE Bref, en poussant jusgu'à ses conclusions dernières la proposition de M. Leroy-Beaulieu, économiste libéral, professeur et partisan résolu <le la non-intervention de l'État en matière éconorniguc, Yoici le curieux résultat auguel on aboutirait : Les financiers anglais ont déYcloppé au TransYaal une industrie minière considérable, gràce à laquelle le sud <le l'Afriguc australe est deYcnuc en quelgues années une Nouvelle-Angleterre industrielle, peuplée d'individus anglais, consommant les produits anglais, assurant désormais à la Grande-Bretagne de Yastcs terres fertiles, <l'un a\'cnir incalculable pour l'extension toujours croiss,rntc de ses habitants, pour son commerce et sa propre industrie. C1r il est inutile d'ajouter, je pense, qu'au Cap et au Transyaal, on ne consomme et on n'utilise que des produits anglais. Les tra,·ailleurs britannigues mangent des conscrYes fabriquées dans les possessions <le la mèrc-p,Hric, se Yètissent d'étoffes et d'habits confectionnés en .\ngletcrre, et tout l'outillage des mines est également fabrigué en Angleterre. De Li une ,·èritable ci,·ilisation anglaise créée de toutes picccs en moins <le dix ans par .. l'or français. Car cc sont les paysans <lefrance gui, en achetant <les titres de mines au double et au triple de leur valeur réelle, multipliaient les exploitations et les progrès géants <le l'.\ngleterre au Cap. Aujourd'hui cette ciYilisation lütiYe, où tout bout et fermente, tran:rse une crise aiguë. Les spéculateurs qui ont pris la tête <lu mouvement transvaalicn sont acculés à la nécessité de liquider une partie des entreprises grevées d'un capital formidable. Cette liquidation ralentira pour un temps les progrès de l'exploitation aurifère: le temps de faire disparaitre les exploitations fondees en Yuc seulement <l'émettre du papier et de régulariser le fonctionnement de celles qui, bien gu'appclées à fournir une rémunération normale aux capitaux réellement engagés, devront s'alléger de la plus-Yaluc illégitime donnée par leurs administrateurs aux actions. Ceux <les capitalistes français qui se seront laissè prendre aux pièges qu'ils tendirent i l'épargne de leurs compatriote~ dc\'ront supporter les conséquences de cette liquid,1tion et cc ne sera que Jcmi-justice. Mais ;-.1. Leroy-Beaulieu ne l'entend pas de cette oreille. Il Lrnt que le gou,·ernement français intervienne pour accroitre les diYidcndcs menacès <le réduction; gu'il force la main aux Boërs, en vue d'abandonner aux sociètés les rede\"anccs perçues jusqu'à cc jour. Voilà la seule application pratique <le la dbctrinc du laisst.:z faire économique. De sorte que si ses conseils aYaicnt chance d'être sui,·is, et son autoritè est grande dans les sphères gouvernementales, la France, ayant payè <lela ruine de milliers de petits épargnants les progrès de la ciYilisation anglaise au Cap, de\'rait encore envoyer une armée au Cap et au Tr,rnsvaal pour protéger les fondateurs de mines d or contre les Boërs.
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