LE ~IOUVDIENT LITTÉRAIRE ï ( ne le fut au Mont Saint-Michel. Ici, encore, il s'évade de la cruauté d1.:sbourreaux, il s'échappe de l'horreur de la casemate, il fuit hors des clefs et des grilles : astronome prodigieux, à soixante-cinq ans, il écrit !'Eternité par les astres! Il sort au bout de cinq mois pour être jugé. C'est la déportation dans une enceinte fortifiée. Les médecins dé[endent la Nou\'clle-Calédonie : Blanqui sera enfermé ù Clain·,1ux; jusqu':1 présent, jusqu'à soixante-dix ans, presque, il aura été sans déperdition; la maladie le mine, il ne mange plus, il ne dort plus ... Cela transpire dans la masse! Que lui fait-on expier, en cc moment, à Blanqui? Son amour de la liberté, de la ,·érité, de la patrie : il ,1 été prisonnier la moitié de sa vie : quelques adeptes seuls ont lu la Patrie c11 c/1111ger; il est Yaincu ! N'est-cc pas suffisant, donc; on parle de sa candidature : « C'était le miracle. Il s'en fait un autre. A chaque nouvelle du dehors que lui apportent les lettres, les \'isites d.:: ses sœurs, les notes de mauvaise humeur de ·son journal, l'affiux de Yie 1-c\'ient en lui, donne :i sa Yieillesse indomptable la croyance d'un recommencement. Il sait que les gou\'ernants nc céderont pas, mais il tressaille :'t cet appel encore faible qu'il cnt.::nd au loin. Le bruit de foule de Marseille, de Lyon, de Paris, dc son cher Paris, lui arriYe, apporté par l'espace, \'ient résonner délicieusement en lui. C'est sa guérison, jour par jour, la reprise de son activité. « Chaussé de ses sabots, coiffé de sa casquette de loutre, retrouvant la force de quelque exercice physique, fais,rnt sa cuisine, fendant son bois, aussi paisible et calme d'ailleurs, c'est tout de m0rne l'actif Blanqui, toujours prêt, qui circule au long des fcn~tres, regardant -l'espace par-dessus les coteaux de la ,·allée de l'Aube. Il est repris par la politique, sornmeillante en lui pendant la torpeur de sa maladie. Il est de nouveau singuliérement informé par les moindres indices, merveilleusement divinateur. La distance, les années, les renseignements ventis en parcelles, rien n'y fait. Il ob\'ie à tous ces inco11'·énients. Il a la fr:ince électorale sous les yeux dans sa cellule, il connait le ré\'eil <le l'opinion des grandes villes par la question de l'amnistie, il sait l'état des partis, la parole reprise anonymement par les écri\'ains proscrits, l'éclat et la force de l'éloquence de Clemenceau à la Chambre. Cette année I8ï9 peut amener du nouveau. » Enfin, Blanqui est gracié, sort d'un cachot de huit ans. Il entre dans la lutte électorale. Ici, là, en province, à Paris, ne refusant aucune réunion, il continue son pur apostolat, il ré.pète sa foi, ses espoirs, ses rêves, rentre des faubourgs, la nuit, aprcs les séances tardives, jusqu'au 1er janvier 1881 - soixante-seize ans, où il meurt ... Cent milk personnes escortent la frêle dépouille de ce solitaire.
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