La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

72 LA REVUE SOCIALISTE « Non cette Yic surhumaine, de douleur consentie, de sacrifice ' obstiné, cette Yic ne peut être perdue. Elle a pri\·é l'homme des joies habituelles, lui a infligé la douleur de ne pas être compris, aimé, lui a donné ce Yisagc offensé ... Mais l'exemple est acquis pour jamais. Dans le mê111cindiYidu ont cohabité deux sentiments égaux : la résignation, la révolte. Résigné pour lui, rérnlté pour tous. La resignation le met à la hauteur des plus stoïques. L'esprit de réYoltc du \·ieux Blanqui, salubre comme le sel de la mer, imprégnera !'Histoire. Il n'a pas ,·oulu le bonheur, il a refusé d'è!rc payé de son YiYant. Il est mê111eplus grand que les martyrs et les saints des religions, qui n'acceptent de souffrir et de mourir qu'aycc la certitude d'une Yic future, d'une récompense de paradis. Lui, neYcut être ni consolé, ni récompensé. Il accepte hautainement le sort sans l'espoir d'une rémunération. C'est le Héros. nouYcau, d'accord aYcc l'idéal du siècle, d'accord aYcc l'humanité.» J'ai peur, en cette longue et sèche nomenclature des écrous de Blanqui, de n'ayoir pas fait cc que je m'étais proposé! Parallèlement à ces dates des ctapcs de I'E11fer111é, il cùt fallu, comme cela apparaît dans les pages de Geffroy, faire correspondre les étapes dç son génie grandissant, s'affermissant, dominant les persécutions, la douleur: car, Blanqui, réellement, n'eut ni Dieu 11iJ1aîtrc ! Il eùt fallu montrer, à travers tout, cette pensée tendue YCrs le but, indomptable, irréductible. Et c'est cc que j'aurais désiré. lvlais Youlant donner, d'après I'E11fer111é, la notice de cette Yic étonnante, je me suis attar,lé, trop pour rester dans les limites fixées, pas assez pour une analyse complétc; de sorte que je risque de n'ayoir pas raconté le Blanqui que nous raconte Geffroy, aYcc une telle fcn·cur de cœur et de pensée. Pourquoi Blanqui? Au bout de l'F:11fcr111é, il n'y a plus à se demander quelles raisons ·ont déterminé l'auteur ù l'étude de cc modélc. Tout, ici, devait séduire !'écrivain épris d'absolu. Blanqui, de tous ceux qui conçurent et rê\'crent le bonheur uni- \'Crsel, fut l'un des esprits les plus complets. A la fois, homme de pensée et homme d'action, combinant et conspirant. Pur de toutes compromissions, au-dessus des misérables calculs de l'égoïsme humain. Clair, méthodique, prompt aux décisions - ne chicanant pas à l'heure de l'échec - impassible deYant la répression. Payant toujours de sa personne, sans compter.Un héros, froid et sans morgue, dont l'ùge seul, la maladie triomphèrent. Un résigné pour soi, un réYolté pour les autres, a écrit Geifroy. Une sublime protestation contre l'injustice, contre le mensonge, contre la force. La parole, la plume toujours prêtes pour protester contre tout cc qui blesse les beaux et nobles grands principes, - tant raillés depuis. Ne se dérobant jamais, deYant les juges, plaidant pour le droit et l'humanité,-indifférent à sa personne. En pri-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==