La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LE ~IOU\'E~IE:-IT LITTÉRAIRE « Que l'on ajoutc:\·ccla, pour Bl:rnqui, cette inquiétude particulière au prisonnier qui se rctrou\'c au dehors, inquiétude déjà marquée chez lui, chez Barbès, à leur libération de 18--1-8e,t qui apparait encore cette fois. La ,·ie réglée n'existe plus, a,·ec les ouvertures de porte à heures fixes, les apparitions de gardiens, les instants rigoureusement assignés aux repas, au tra\'ail, ù la marche du préau, au sommeil. La sensation ne s'épuise pas vite, et t-.lichelet, rencontrant alors Blanqui et le_ félicit,rnt d'étrc libre, de respirer enfin au grand air, entendit le curieux aveu qui lui fut fait par l'éternel prisonnier, de s:i gêne, de son inquiétude. Il étendait les bras, était étonné de ne p:is toucher des murs. Sa volonté, si ,·irile qu'cllc fùt, a,·ait subi une empreinte, et l'historien surpris écoutait l'homme d'action qu'il croyait iHc de s:i liberté reconquise, lui a,·ouer qu'il lui manquait quelque chose, qu'il se sentait plus rassuré, plus maître de lui en prison. » Il y retourne Yitc, à S:iintc-Pélagic, pour s'être rencontré :i,·cc les nouYeaux dLi parti républic,1in qui se formait ... Le Yoici ù Sainte-Pélagie, au pa\'illon des Princes, méfi:int, aujourd'hui, ne s'ouHant plus aux bonnes Yolontés qui ,·icnnent i l'n11rie11, au prisonnier du Mont Saint-tllichcl et de Doulh:ns, et de Bdle-Ile-cni\lcr - qui a donné une existence :\ s:i foi, et, au premier jour de sa liberté, rc,·icnt se mettre au scn·ice de sa c:iusc : « Cc qui a grandi chez lui, pendant les années d'isolement et d':imcrtumc, c'est l'ironie. Il dissout YOlonticrs, par l'acide et le sèl, ks arguments qui s'opposent à son passage. Sa fine bouche sourit malicieusement, ses yeux dardent une lumiérc aigu~, tout son Yisagc brille de joie. JI est alors bonhomme et jovial, p:irrni ses :imis certains, il les amuse de sa critique, comme il les <'.:meutde sa conYiction persistante, de sa pensée sans cesse projetée Ycrs l':i,·enir. » Là, les nouveaux, dans le ,·oisinagc, la conversation de Blanqui, peu\'Cnt juger la hauteur de son intelligence, de toutes les ressources de son esprit, de la beauté de cc caractère que n'ont point amolli les douleurs pri\'écs, les tristesses des heurts et des conflits humains. « Alors, pendant les années de prison de Sainte-Pélagie, cela n'avait pas d'autre importance. Certainement, il vécut là le temps le plus heureux de sa Yie. Pour la première fois, il se vit compris, apprécié i sa nleur par une jeunesse pensante, par une élite bourgeoise wnuc i la Révolution. Il eut des interlocuteurs aptes à le comprendre et i l'intéresser à leur tour. Il séduisit ceux qui représentaient le parti socialiste en formation, par sa nette et virulente appréciation du parti républicain parlementaire. Il prévoyait les pires fautes et les plus absolus reniements, et ceux qui pouvaient le trouver séverc alors le rcconmirent seulement perspicace par la suite. Enfin, la grande cause de son influence sur les esprits de cc temps-là, fut la philosophie scientifique

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