La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

68 LA REVUE SOCIALISTE aYortéc par la trahison du pilote qui s'était fait payer pour embarquer les prisonniers ... Redoublement de surYcillancc, de tracasseries, mais Blanqui s'installe, définitiYcmcnt, comme si la prison dcYcnait toute sa vie; dans le traYail, dans la pensec. Comme il a\'ait appris la mon de sa femme, en prison, c'est ici qu'il apprend la mort de son frere, des guichetiers. Apres sept ans de séjour, en 1857, on le transporte en Corse. En 1859, il cesse d'ètre un prisonnier pour dcYcnir un déporté, en Afrique, d'oü il fut libéré la même année : triste retour à la liberté; il rctrouYc son fils, un jeune homme de ,·ingt-quatrc ans, aisé, qui lui offre la Yic à la campagne, le renoncement à la politique : tout, le bagne et la mort, plutôt que l'abandon de la lutte; le p0rc s'cloignc; chez sa merc, dans sa chambre de mort, on a brûle les papiers du Mont Saint-i\1ichcl, tous les écrits confies aux siens, tout cc qu'il aYaitacheYc, noté, élaboré : « Mes papiers, mes papiers sont detruits ! i> Il doit taire sa plainte inutile. Au dehors, c'est la foule anulic de l'Empire. « Apres un Yoyagc à Londres, il connut le Paris de l'Empire, toutes les anciennes ardeurs eteintcs ou assoupies, une Yillc en transformation, une population paraissant heureuse de sa promenade du dimanche, s'amusant, comme à une piécc de cirque, des régiments qui passent, des prisonniers autrichiens qui défilent, au retour de la guerre d'Italie, prenant peu à peu le goùt du plaisir du soir, des bals, Jcs terrasses de café, des concerts, de toutes les veillées éclairees et bruyantes, où le corps et l'esprit se fatiguent pour le lendemain, finissent par vivre une Yic alternée de torpeur et de soubresauts. « Insensiblement, la forcé de réagir, l'énergie de penser, se perdent dans cette habitude de silence réYcillecseulement par des éclats de fête. « La caracteristiquc de cc temps <l'Empire, cc fut \Taimcnt, maigre les apparats et les decors illusoires, l'absence de Yie sociale. La Yie ne peut exister que si des cléments contraires se font jour, se confrontent, s'opposent, se corrigent. « L'inertie n'est pas l'équilibre. En ces annccs, les éléments de Yic, dispersés, étaient réduits à l'impuissance. Les rares journaux qui n'appartenaient pas au régime nouveau chuchotaient à peine leur opposition. Blanqui, des ses premiers pas sur le paYe de la Yillc, se sentit enveloppé d'une atmospherc peu rassurante, qui lui conseillait !'_isolement et la prudence. Tous ceux qu'il rencontra, des anciens cqmpagnons du Mont Saint-Michel, de Belle-Ile, étaient comme lui des suspects surveillés par la police, menant à peu pres la vie des libérés restés en surYeillance, ne sachant pas si tout à l'heure, pour quelque parole imprudente, quelque fausse démarche, ils n'allaient pas être incriminés, arrêtés et condamnes par des juges décidés à tout pour gagner leurs appoi11tcmcnts.

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