La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

742 LA REVUE SOCIALISTE ne, continue 1'!. Legrand, c'est que pour les masses, l'idée de patrie est non-seulement indifferente, mais adYerse, qu'elle est exploitée contre eux par leurs nais ennemis, les capitalistes, et qu'elle détourne les travailleurs de leur Yéritablc programme, qui doit être l'entente internationale dans le but de faire préYaloir sur toute chose les intérêts du travail ». M. Legrand est un logicirn : l'ordonnance correcte de son article le prouYe; pourquoi alors cette confusion entre deux choses si distinctes : un problémc économique et un politique? Tous les socialistes en effet sont d'accord sur cc point que l'intérêt des traYaillcurs est de s'unir pour détruire le régime capitaliste dont ils souffrent. l\fais que vient faire là cette notion toute morale : l'idée de patrie? Des intérêts rn,1térielsmettent aux prises une foule d'opprimés et un petit groupe Je privilégiés. Peut-il ètre dans cc dl'.:batquestion de patriotisme? Si k socialisme n't'.:tait, comme semble k croire .l\l. Legrand, qu'un ensemble de reYendications d'ordre matériel, la lutte du nombre contre l'arg\;nt, un problème d'ordre politique comme celui de l'internationalisme ne serait point de son domaine. J'-.lais J'-.1. Legrand n'ignore pa\ que si les questions économiques sont notre prerniérc préoccupation, c.:llesn'en excluent point d'autres. Et c'est pourquoi la plupart d'entre nous pensent, au point de nie politique, que le souci de_la patrie n'exclut pas celui de l'humanité, et que le devoir de tous est de tendre ,'t supprimer les luttes entre les nations comme les luttes entre les classes. Nous pensons, quant à nous, que le fédéralisme est à la question politique cc que le socialisme est à la question économique. Mais cc sont l.'tchoses précises et qu'il ne faut point confondre dans la discussion. M. l.egrand \'eut bien citer Benoît Malon et Georges Renard, bien qu'il ne dise mot de la Lettre aux militaires, oü notre directeur a nettement exposé ses idées sur le sujet en question. Rappelons-lui, à notre tour, cette pensée de J\Iontesquieu : « Si je saYais quelque cho~e gui me fùt utile et qui fût préjudi- « ciable ;t ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je saYaisquel- « que chose qui fût utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, « je chercherais à l'oublier. Si je saYaisquelque chose utile à ma patrie « et qui fût préjudiciable à l'Europe et au genre humain, je le regarde- « rais comme un crime ,,. Le rêve de M. Legrand serait-il de nous faire rétrograder au dela de ~fontesquicu? PAUL LAGARDE.

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