La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

REVUE DES REVUES ï3ï prix de leurs produits, et it la Société d'économie sociale, M. Paisant a accusé les marchés fictifs d'être un élcment de baisse important. Comment? En jetant sur le marché des masses de produits qui n'existent point, mais dont l'offre constante, de beaucoup supérieure aux quantités réellement disponibles, agissent sur les prix comme le ferait une offre réelle. Il se Ycnd en effet, quotidiennement, dans toutes les bourses du monde des masses de nurchandises sans que le Yendeur soit en état de livrer une once du produit qu'il offre ni l'acheteur de prendre livraison d'une once du produit demandé. Comme exemple de la disproportion entre la disponibilitc des marchandises et leur offre ficti,·c, lvl. Paisant cite les ventes de coton effectuées aux bourses de New-York et de la . ou\·cllc-Orléans de 1882 i 1893: il se vendit à terme 539 millions 30,000 balles et on en avait récolté en tout 89, 195,-~93 balles. A Hambourg, il fut li\Tl', dans les quatre derniers mois de 1888, -1-r'r,500 sacs de caf(: et le total des Yentes ;\ terme s'éleva au chiffre fantastique de 8,ïïG,ooo sacs - le \·ingtuple des marchl'.:s rcellement opl'.:n'.:s. Une commission instituée par le Sénat de \\'ashington pour étuLiier les opérations ù terme sur les blés constata qu'elles s'étaient montées, en r 892, à I, r 51,448,000 boisseaux ; en r 89 3, i r ,052,008,000 boisseaux, soit pour les deux années 2,203,456,000 boisseaux, alors que la quantitc li\'l'able ne dcpassait pas ï5 millions de boisseaux. C'était donc sur quarante fois la possibilité de linaison totale que les \'cndeurs et acheteurs fictifs aYaient étaye leurs Yentcs et achats. M. Paisant dit qu'un agiotage aussi cffrénc doit nécessairement provoquer la dépréci:1tion des produits et il \'Oudrait que la lé~islation - tout au moins la lcgislation française - établit une distinction ent,·e le marché ù terme contractl'.: réellement et le marché fictif d'agiotage pur. Nlais la Société d'Économic sociale compte dans son sein des économistes qui ne manquent jamais de dresser l'oreille, aussitôt qu'on menace de toucher i la liberté de la spéculation et de l'agiotage MM. Juglar, f-rcdcrikssen, Raphael Georges Lé\·y, tout en condamnant le jeu et en le vouant platoniquement a l'anathemc des moralistes, s'opposent a toute limitation imposée a la spéculation. Mais ù laquestion posé~ par M. Paisant, à savoir, si les marchés fictifs exercent une influence sur la baisse du prix des produits, ni les uns ni les antres n'ont répondu en citant des faits probants a,·cc chiffres à l'appui. M. Paisant a cité des nombres intéressants relatifs à certaines spcculations, demonté le mécanisme du marché fictif, il n'a apporté aucun commenc~mcnt de preuve a l'appui de sa these. Toutefois, on ne saurait contester le fait et il est facile de se rendre compte, que ces 47

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