La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

j20 LA REVUE SOCIALISTE seraient pas assez forts pour agir comme mobiles exclusifs ou principaux de la conduite humaine. Cependant éclateraient dans la socicté des conflits et des luttes, qui entraveraient prc~isément le développement des sentiments altruistes. D'ailleurs, même si tout le monde agissait dans le plus parfait <::spritde fraternitc, on aurait bien de la peine à se trouver d'accord. Comment l'individu saurait-il quelle quote-part de produits il pourrait consommer sans empiéter sur la portion du voisin? Quelle quantitc et quelle sorte de travail il lui faudrait exccuter? L'individu ne pourrafr pas deviner les sentiments ni les besoins des millions d'hommes ayant des rapports directs ou indirects avec lui : il agirait au hasard, consommerait tantôt plus, tantôt moins que de juste, ne saurait pas trop ce qu ·on attendrait de lui, ce qu'il pourrait produire de plus utile à un moment donne à la socicté. Une organisation tant soit peu rationnelle de l'industrie et des cchanges ne serait pas possible en de telles conditions; en tous cas, il arriverait que les hommes honnêtes et consciencieux se donneraient beaucoup trop de mal à travailler et supporteraient bien des privations, de peur de nuire à leurs concitoyens, tandis que les impudents et les égoïstes feraient bonne chére. Pour cchapper à cette conclusion, il n'y a que l'argument de l'abondance absolue de toutes choses désirables, qui se produirait dans la sociét~ future. Mais une pareille abondance n'est pas vraisemblable. L'homme travaillera toujours- et se créera incessamment de nouveaux besoins, mais jamais il ne sera complctemcnt satisfait, et jamais il ne passera sa Yie dans le dolcefar niente. Sous un régime communisteamorphe on serait bien loin même d'une abondance relative; car il n'y aurait pas possibilité de donner à l'économie cette systémation ou organisation rationnelle, qui doit augmenter la productivité du travail, diminuer, presque climiner les faux-frais de la distribution mercantile actuelle, et accroître le bien être général - cc qui est certainement un des côtes les plus importants du socialisme. Il n'est donc pas possible d'abandonner l'organisation de la production et des échanges à l'arbitraire de l'individu et des combinaisons individuelles, de proclamer le « travaille qui veut » et la << prise au tas». Il faut une organisation permanente du travail et des echanges ainsi que de tous les grands intcrêts so_ciaux. La base de cette organisation doit être le principe de solidarité - l'égalité des conditions assurée par la proprieté collectiYe des instruments de travail mis à la portec de tous ceux qui en ont besoin pour tra~ailler. Cette base posée, le travail et la consommation doivent être libres; les rapports économiques et l'organisation de l'industrie et des échanges résulteront des libres arrangements entre les individus et entre les associations. Ici le

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