1. COLLECTIVISME, COMMUNISME, SOCIAL-DÜIOCRATIE ET ANARCHISME 719 pris d'une façon absolue. Les hommes doi,·ent s'cntir'aidcr; car, dans une societé bien organisée, chacun profite du bien-être et souffre du malhenr et de l'incapacité d'autrui. Mais la solidarité doit-être bilatérale. Si je dois travailler pour mon prochain, lui doit travailler pour moi; si je dois prendre soin que ses besoins à lui ·soient satisfaits, lui doit en faire autant (hors le cas d'incapacité) pour moi. Sans une telle réciprocité, la solidarité ne serait qu'une nouvelle forme de l'exploitatation de l'homme par l'homme. En d'autres termes, il sied que réellement chacun tra\'aille autant que ses forces le lui permettent et qu'il ne consomme pas plus que n'exigent ses besoins. Est-cc ce qui arriverait dans une société communiste? Pourrait-on espérer que chacun travaillerait autant ·que ses forces le lui permettraient, et ne consommerait pas plus que ses besoins ne le demanderait? Nous ne le croyons pas, car forces et besoins sont des termes assez élastiques. Comment saurait-on quels sont les besoins, quclle est la force de travail de chaque individu? Établi rait-on une mesure égale pour tous? Mais cc serait réellement foire entrer l'humanité dans un lit de Procuste. Voudrait-on procéder ù une évaluation spéciale pour chaque individu? Mais si une telle evaluation était faite par la communauté politique, on aurait un gouvernement communiste plus despotique encore que le gouvernement ou l'administration centrale des -collectivistes. Il ne reste donc quc. l'éYaluation individuelle, le communisme individualiste (deux mots qui jurent d'être ensemble) ou amorphe. Mais il ne faut pas réfléchir beaucoup pour comprendre que cc systéme ne serait pas réalisable. L'individu etant appelé à fixer la quantité de ses propres jouissances et de son propre travail, serait nécessairement amené à fixer le travail et la consommation des autres; car il est évident que plus les autres travaillent et moins ils consomment, plus largement nous pouvons vivre; et, si dans une société, où tout le monde travaille à son gré, et prend« au tas >l, un indiYidu_se met à vivre un peu plus largement et à travailler un peu moins consciencieusement que les autres, et si d'autres l'imitent (par envie, peutêtre ), les autres membres de la société devront ou bien limiter leurs propres jouissances -'- voire même se soumettre à des privations - ou bien se surcharger de travail. On en al'riverait donc bientôt à se quereller sur la quantité de travail à exécuter, et sur l'étendue des besoins de chacun ; tout individu faisant plus de cas de ses propres besoins et de ceux de ses amis ou parents que de ceux des personnes qui lui sont étrangércs, de même qu'on voit les choses qui sont prés plus grandes que les choses placées à distance. Il en serait ainsi du moins tant que de nouveaux sentiments ne se développeraient pas chez les êtres humains, tant que le sentiment de la solidarité, celui du devoir, etc., ne
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==