LA REVUE SOCIALISTE ù obtenir une évaluation de l'utilité des choses et de la pénibilité des tra\'aux, en général de !'clément subjectif, personnel, moral, des faits économiques ( r). L'idée de concentrer aux mains de l'État les grandes industries, de wnstitucr au milieu de la société une administration ayant juridiction sur toute l'économie nationale, dress:mt le budget économique annuel, distribuant les t.i.ches et fixant le rapport entre l'heure de travail et les produits, doit être écartée pour une autre raison aussi; car une telle administration, fùt-elle clue par le suffrage uniYersel, et lors même que tous ses actl'.s seraient soumis à l'approbation du peuple, aurait toujours en clic-même assez de pouvoir pour en imposer à la masse du peuple, pour se faire des partisans et pour exercer une insupportable tyrannie. \'oilà des arguments bien graves, nous semblc-t-il, contre l'application rigoureuse et exclusive de la formule collectiviste « à chacun scion son œu\Tc ». Mais il ne faudrait pas en déduire que cette formule n'a aucune Yalcur, qu'elle est tout à fait erronée. Elle indique, au contraire, assez bien que, une fois l'égalité des conditions établie dans la société, il faut pour le reste laisser à l'individu le choix de son travail et des objets de consommation (c'est en ce sens que Bakounine se déclarait collcctiYiste). Par conséquent, l'offre et la demande seront plus grands pour certains objets, et pour certains travaux que pour d'autres; c'est-à-dire qu'il subsistera une concurrence limitée, ainsi que nous l'avons dit. ,\ une plus grande somme de travail ou à un travail plus demandé correspondra une plus grande rémunération; et ceux-là qui ne voudraient pas travailler du tout, à moins d'en être incapables, ne trouveraient pas à satisfaire leurs besoins. Le principe de mérite - ou de réciprocité - est le contenu essentiel de la formule collectiviste; et en tant qu'expression de cc principe la formule est exacte. Mais elle ne contredit pas la formule communistl'. << de cbnrn11selon sesforces, à chacun selon ses besoi11s " - ou principe Je solidarité, qui en est ·le correctif et le complément nécessaire. * En effet, le principe de solidarité ne doit pas non plus être corn- (1) Comment la collectivité pourrait-elle égaliser les conditions économiques sans prendre sur elle-même d'organiser la production et de répartir les produits ? On a proposé différents systèmes; mais l'idée qui les domine tous est celle d'attribuer à la (ollcctivité le haut domaine du sol et des grands instruments de travail. L'individu ou les associations en obtiendraient la possession sous des conditions à ctablir; notamment le paiement d'une rente, représentant approximativement les dillérences de productivité des instruments de tr:l\·ail, les avantages de la situation, etc. Le produit de ces rentes serait ~lfcctc par la collcctl\ité :1 des buts d'utilité générale, et à venir en aide aux incapables.
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