La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

QUELQUES TENDA:--:CES AU SALO~ DE I 897 Carpeaux n'a pas fait assez souple. Rodin veut imposer au marbre la plasticité de la vie. On pousse l'expression jusqu'à la rendre halluci- • nante : et c'est l'art de M. Fix Masseau. Le bas-relief en assurant l'équilibre permet plus de mouvement; et aussi la sculpture colorée dont la légèreté rassure l'œil. Toutes ces tentati,·cs simultanées ont proYoqué le cri d' « anarchie dans l'art»! Un art naimcnt Yivant est toujours anarchique en un sens. Il doit l'être. Souhaitons qu'il le soit plus encore; nous nous en trouverons plus riches. Chaque époque a son idéal qui se traduit par des modes toujours trop puissantes. Quand les artistes semblent se tourner le dos, le plus souvent, c'est vers le même but plus ou moins distinctement aperçu qu'ils se dirigent. Le mieux est qu'ils le fassent' par des voies diverses, qu'ils ne soient jamais satisfaits, qu'ils cherchent et cherchent encore. Cette anarchic-H n'est pas dangereuse. Les artistes d'un même temps se rejoignent dans un lieu supérieur aux YOlontés individuelles,. et qui est l'idéal de cc temps. * * * Il reste quelques mots ù dire de l'art industriel et des objets d'art, puisqu'ils forment une section :i part dans l'un et l'autre Salon, et que s'est ouverte au Champ-de-Mars une exposition de la céramique. Voici des reliures de Petrus Ruban; des cuirs modelés ù la main, frappés ou incisés de Saint-André; de fines verreries de Damon ; les coupes et les vases décorés d'émaux transparents de Georges Jean; les faïences à reflets métalliques de la maison Massier; les grès flammés de Lesbross; la cèramiq uc maintenue dans des gammes douces et claires de Lachenal... Nos bons Parisiens se frottent les mains : La Yic moderne se pénètre d'art, disent-ils, - et les philanthropes ajoutent : Il n'y a plus de barricre entre l'artisan et l'artiste. Ils se paient de mots. En fait, si nous assistons à un effort dans ces deux sens, comme le résultat obtenu est mince auprès de ce qui reste encore dans le domaine des choses souhaitées! Peut-on dire que la Yie moderne se pénctrc d'art, parce que quelques privilégiés élèvent autour d'eux comme un mur d'bbjcts précieux aux formes belles? De délicates et d'originales manifestations d'art prennent prctextc de l'imitation d'objets usuels; mais les objets usuels ne réalisent pas plus de beauté. - D'autre part, je sais des artistes qui apportent à orner une coupe, à ciseler un marteau de· porte autant de soin qu'ils le feraient à modeler une statue. Mais, quand l'artisan d'une manufacture a produit une œuvrc vraiment artistique, est-ce assez, ·dans une Exposition du moins, de mettre sur cette œune l'étiquette de la mai-

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