La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE son? L',1rtisan est déj;'i un artiste. Il faut le lui dire : c'est le plus sùr moyen pour qu'il le devienne de jour en jour daYantage. * * * Si nous résumons cette enquête, ,·oici, comme aux deux extrémités opposées, la peinture symbolique et l'art industriel : ni l'un ni l'autre ne tiennent cc que semblent promettre leurs noms. Là, ce sont des idées plus ou moins ingénieusement traduites, mais plus d'art. Ici, l'on s'attendrait :i Yoirl'empreinte la plus directe de nos goùts sur la matière. ~lais cc ne sont que bibelots d'étagère, moins faits pour réaliser d.111sl'utilité le plus de beauté possible que pour di\'crtir simplement ks yeux. Entre ces deux extrêmes, les peintres et les sculpteurs qui nous disent cc qu'ils voient: une inquibude presque générale; un souci - un peu plus restreint - de rendre :i la nature et à l'homme leur Yéritable physionomie en restituant :'t celui-ci sa place légitime dans des groupes de plus en plus vastes, en élargissant celle-là; un intérêt - bien marqué chez un petit nombre seulement - pour la classe la moins favorisée par l'état social actuel; tels sont les principaux traits que nous avons mis en relief chez quelques-uns d'entre eux. Ces traits nous sont fa1niliers. Conclurons-nous de ce fait que l'art est un miroir mcn·cilleusement sensible et profond où chaque génération qui passe laisse plus d'images d'elle-même qu'elle ne le croirait? Mais personne n'en a jamais douté. Le seul intérêt de notre effort consistait :i le vérifier pour quelques tendances particulières dans des œuvrcs datées de 189ï. En théorie, en effet, tout le monde admet que l'art d'une époque en dise long sur cette epoque. Nous nous souvenons même de ce principe devant les œuvrcs du passé. Devant celles du présent, nous semblons l'oublier. Les uns font son procés à l'art d'aujourd'hui et, en dernière analyse, leur reproche se réduit à ceci : Pourquoi n'es-tu pas l'art d'hier? D'autres, comme éblouis par la lumière du livre nouveau et des discussions journalières, ne sont plus sensibles à la lumière plus douce qui se dégage des œmTcs d'art. Et les Yoilà, errant de salle en salle, la lèvre dédaigneuse et l'œil las, en murmurant de temps à autre : « C'est toujours la même chose. » Que de fois, entre ces jugements contradictoires, nos artistes pourraient-ils simplement souhaiter la paix, s'ils n'avaient le malheur d'être plus sensibles encore au silence qu'à la critique! NOEL HAIRDÈS.

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