686 LA REVUE SOCIALISTE l'impression de forces infinies usées à pâtir sans un cri. - J'ai entendu dire que cela était mal peint. Mais qu'entend-on par peindre mal? Les grammairiens du dessin peuvent relever des fautes de perspective, parler du c11bil11s trop long ou trop court. J..!ais quand la technique d'un peintre, quelle qu'elle soit, est en rapport avec l'impression qu'il veut produire, il me semble qu'il réalise précisément la définition de bien peindre. A ces œuwcs, je joindrai quelques toiles où l'on serait tenté de voir d'abord une inspiration différente. Il ne faudrait pas toujours attribuer a la renaissance du sentiment religieux les nombreuses figures de «Christ» dressées sur les cimaises depuis trois ou quatre ans. Souvent le peintre représente par le Christ la J..!isère divinisée. Cette intention s'accuse par exemple chez M. Bouguereau, pourtant peu enclin aux périlleuses nouveautés. Son Cbrist cloué sur la croix s'incline sur un prolétaire courbé sous la sienne. Il n'en est pas moins fort médiocre. ?-.!aiscertains esprits n'osent regarder les idées nouvelles que si elles leur apparaissent vêtues des formules familières. Cc vague socialisme chrétien en peinture est un hommage au socialisme indépendant. * * * L'intérêt ainsi marqué pour les plus a plaindre dans l'état social actuel est contemporain d'un fait plus général : sous l'influence des doctrines philosophiques, le sentiment s'est vulgarisé des mille lkns cachés qui rattachent l'homme a l'homme et a la nature environnante. L'individu est comme une maille dans un filet qui s'étend a l'infini. Sait-il qucls retentissements lointains peuvent avoir ses moindres actes, et cc qui rejaillit sur lui, rosée purifiante ou boue, du bien et du mal qui se fait alentour? Les artistes, comme les penseurs, ont replacé l'homme dans son milieu. Ils peignent des groupes, ils peignent des foules. Non point pour l'effet décoratif, comme on l'a fait de tout temps; pas davantage pour l'ordonnance d'une scène; mais par souci de vérité. MM. Roll, Cazin, Lhermitte, Fourié, J.-J. Rousseau ... , peintres du village ou peintres de la grand'ville, ne groupent pas leurs figures pour le seul balancement des masses. Ils ne croient pas que cc qui rapproche les hommes soit toujours, comme au théâtre ou dans les ma.rionncttes de Greuze, un événement bien défini éveillant des sentiments divers, diversement traduits par les usages et par les attitudes. Chacun dans la vie va a son travail, poursuit son idée, et cependant personne n'est isolé. Les hommes seront donc le vrai décor de l'homme. Sans eux, il est une abstraction. Et l'artiste les placera au milieu de ces mille témoins
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