La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

QUELQUES TE);'DANCES AU SALON DE 1897 Cette classe a depuis longtemps ses défenseurs. Elle a trouYé des portraitistes émus, cic jour en jour plus nombreux. Le fait, je le s:iis, n'est pas entièrement nOU\'C:lU. De tout temps l'art s'est plu :t rcpn:scnter les traîne-misère. i\bis trop sou\'Cnt il n'a· cherché en eux que des modèles Yariés et pittoresques : les gens du monde se ressemblent tous. Sc distinguer est un ridicule pour l' « honnête holllrnc >>. li fout :1\'oir l'air du jour, porter l'uniforme. Le gueux n_'a pas cc souci. Il s'h:ibillc it sa guise, ou plutot, comme il peut. Son costume dit son métier ou parle des journées d'errance et des nuits :'t b belle étoile. S'il n'a qu'un soulier, il ne met qu'un soulier: la Fortune lui cn\·erra bien une sandale pour l'autre pied. VoiLi éYickmlllcnt un personn:igc propice aux descriptions pleines de vcrn::. 11n'y a p:is à craindre an:c lui les monotones symétries. On k couchera au pied de ruines; on le dressera au premier plan sur le passage d'un grand seigneur. - Cc n'est pas cc que font les artistes d'aujourd'hui. S'ils ne \·opicnt dans b foule des p:iuncs gens qu'un trésor inepuisable de figures pittoresques, ils attireraient, je crois, peu de sympathies. i\lalhcureuscmcnt, k défaut opposé les guette. Ils ne saYcnt pas toujours éYitcr le sentilllentalismc et le mélodrame, et vo1c1 encore cette année des sa11s-asil1• qui posent et la sc\'.:nc de l'ouvrier ivre le soir de la paie. Peintres uniquclllcnt pittoresques et peintres mélodramatiques spéculent a leur façon sur la mis\'.:rc; ils n'en comprennent pas la poésie. Cette poésie ne réside point dans l'usure des Yêtcmcnts et dans les affaissements conYenus. Elle est dans tout cc qui reYélc que celui qui souffre est un homme, :1ffa1m'.d:e bonheur comme tous les autres, et qui n'en aura pas du tout pour que les autres en aient un peu. Jean Geoffroy l'a bien senti (La CreclJe,Le Dispensaire). Il ne choisit pas pour nous émouYoir les plus degucnilles parmi les errants. Il représente l'ounicr paunc, la femme soumise aux durs travaux et l'enfance qui ne rit pas. Tattcgrain, dans son Sauvetage, qui prêtait si aisément :'t l'cxces d'horreur tragique, laisse deviner plus qu'il ne montre sauYcurs et sauYés parmi les ngues. Après les gueux de la mer, voici les gueux des champs : les C1Jemi11ea11x de Meunier. Enfin, les gueux de la Yille : Constantin i'v!eunier, dans ses bas-reliefs, continue a nous d.'.:crire aYcc une grandeur simple l'asserYissement heréditaire du mi11e11r. Paul Antin ,'.:yoquc un paysage de neige où fument des cheminées d'usine. La riYiere est couYcrtc de glaces. Au premier plan, des formes vagues portent des fardeaux. C'est le travail qui ne cesse point quand la nature semble dormir. Et puis, la Fi11 de jo11r11ée (Jules Adler). Une procession de las et de résignés. Ils's'avancent dans le crepusculc, et derricrc les groupes Yisibks on en devine d'autres, et d'autres encore. L'œunc donne en peu d'espace et avec ,des moyens peu compliques

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