La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

680 LA RE\"l.iE SOCIALISTE conditionnées par des actions et des réactions de phénomènes naturels sans aucune inter\'cntion de \'Olonté personnelle ou sociale. De tout temps, l'homme en société a obser\'é avec plus ou moins de sagacité, et p:1rt.111ptlus ou moins d'exactitude, les phénomènes naturels pour en tirer le meilleur parti. Le tabou du Polynésien, le livre des· métiers d'Etienne Boileau, le bill J\lac-Kinley nous montrent en un raccourci saisissant l'action constante de l'homme en Yue d'une résistance consciente aux fatalités naturelles ou artiÎlciellcs du milieu ethnique et social. Que la n'.:sistanceconsciente du législateur américain contemporain paraisse aussi peu éclairée que celle du roitelet océanien dont b mentalité est de l'ùge de la pierre éclatée, cela est une autre affairt=. Le certain est que si l'homme aYait subi les fatalités de milieu sam tenter d'agir sur clics, il serait l'animal le plus misérable du globe ou même en aurait déjà été éliminé par des espèces mieux douées. Il est cependant constant, en dépit d'apparences parfois déconcertantes, que l'action de. l'homme sur le milieu est;\ la fois plus consciente et plus efficace à mesure que le milieu est plus connu. Elle est aussi plus hardie et plus étendue. L'homme 11'i1woqucplus exclusivement les traditions héréditaires, parce qu'il ne croit plus ù l'éternité des institutions qui règlent ses actions; il invoque de plus en plus l'utilitc publique et :1ccorde davantage :'t son pournir d'autodétermination. Il ne répond plus invariablement: « Je fais telle chose ainsi, parce que mes ancêtres l'ont toujours faite ainsi », mais : « Je fais telle chose ainsi, parce que j'y trou\·c 11101a1\'antagc. >) De sorte qu'en réalité, si, pour la commodité du classement des phénomènes et des impressions qu'en recevaient leurs contemporains, on peut diviser idéalement l'histoire économique des sociétés en deux grandes périodes, ces périodes se pénétrcnt si complètement, qu'on peut plutôt dire de la première, celle: où l'homme se croit libre et oü cependant il subit les fatalités naturelks, et de la seconde, celle où l'homme connait les fatalités naturelles et les utilise au profit de sa liberté relati\·c, que dans l'une il y a seulement une plus complète conscience générale que dans l'autre, et qu'il n'existe entre clics qu'une diflércnce de quantité et 11011 de qualité. Quand donc nous disons : Dans la première période les actes reflexes dominent, et les actes de volonté caractérisent la seconde, nous faisons une distinction à laquelle il faut garder son sens tout relatif, puisqu'en réalité tout acte de Yolonté deviendra par l'habitude un acte rcfiexe et que tout acte de volonté est, si libre et spontané qu'il paraisse, subordonné aux conditions organiques et de milieu qui le déterminent. Mais il n'en demeure pas moins que, dans la première p..'.:riode,nos actes de volonté sont relativement moins libres, puisque leur moteur extérieur, le milieu, est plus puissant, et que leur moteur interne, l'organisme, l'est moins; inversement dans la seconde période

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