La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA RE\'UE SOCIALISTE collcctiYe consciente ne sont p:is imaginaires; ils existent i l'état de réalité, dép, mais non d'une rn:iniérc générale, étant donné l'cnchcYêtrement antagonique des cercles de solidarité actuels; ils s'imposeront en réalité générale,\ mesure que se constituera Ll solidarité hannoniquc à la formation de laquelle concourent, ainsi que nous l',1yons \'U plus haut, les groupements ant.1goniqucs du temps présent. li est d'absolue nécessité que la sociologie porte toute son attention sur cc point, attendu que toute ciYilisation qui réalise l'abondance Jes moyens de jouissance ;1cquiset n'a pas encore réalisé l'abondance Jcs moyens de nutrition essentiels, ou même se voit contrainte de supprimer par des moyens artificiels les cfkts de cette abondance si nécess,1ire, est une ciYilisation qui ;\ la famine endémique pour base, une civilisation qui ne s'est ré:ilisée lJUepour une minorité et que la fureur d'une majorité peut détruire. En Yain on tenterad'jntércsser les affamés aux progres de 1.1 science, aux merveilles de l'industrie, aux beautés de l',trt. Ils resteront des barbares campés dans une ci\·ilisation fermée et qu'ils sentent faite de leur b;1rb.1rie.Que si le contact de cette civilisation !'.:veille n eux des besoins nouYeaux, c'est que <lcFtils ont échappé .wx étreintes des besoins primordiaux. On constate sous cc rapport, et c'est un précieux g,1gcd'espér.U1ccpour le dc\'eloppemcnt général ulterieur, un écart considérable entre l'oll\-rier d'art ou de métier et le m,ll1œuvrc. Le premier multiplie et ,·aric ses jouissances le plus qu'il peut : il achete des journaux et même des liHes et des estampes, il va au théâtre et goùte la grande musique, il donne à sa femme et à ses filles des toilettes et les conduit dans des réunions de famille, il achétc à ses fils un bateau ou une bicyclette; il fait lui-même partie de plusieurs sociétés, s'intéresse .\ des sports ou i l'instruction populaire, et se solidarise le plus gu'il peut tout en déYeloppant sa personnalité. Le rnanœuvre, qui Yit de soupe maigre, couche en chambrée et se vêt de loques, ne connait que les grossières et dangereuses joies du cabaret et vit isolé dans la plus pernicieuse promiscuité. Il est de toute éYidcnce que le premier de ces ouYricrs est plus ci,·ilisé, jouit de plus de liberté, tenJ à exercer une plus grande action publique que le second. Celui-ci fait des émeutes quand la faim le presse; celui-là fait des révolutions quand son sens de la justice est froisse. Le développement du capitalisme tend, nous l'aYons obscr\'é plus haut, à diminuer la valeur technique de l'ouvrier d'art, tandis que le développement démocratique tend :\ augmenter la valeur morale et sociale du manœnvrc. Ainsi disparaitront les différences si sensibles que nous venons de noter. Dans le capitalisme laissé i son mouYemcnt propre, le ni\'eau s'établirait moyennant un amoindrissement de l'ouvrier technique. Dans la démocratie sociale exprimée en collectivisme, c\:st par l'ascension du manœuvrc au point ou se trouye l'ouvrier tcch-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==