La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE l'Homme se 1.ourrit. « Sages que Yous êtes, dit-il aux l\I.ilthusiens, j'ai une question :'t Yous adresser au sujet de cette fécondité (la fécondité de la Nature) dont vous arguez à perte de Œe. Cette fécondité, n'est-il pas vrai, n'est point particuliérc à l'Homme? « - Non, sans doute, me répondent les économistes; n'entendcz-,·ous p,1scc que nous nous tuons de vous dire? La Nature, se souciant peu des individus, a créé d'innombrables germes dans toutes les espéccs. Ainsi on a prouYé par le calcul que la quantité de froment que produit un arpent de terre suffirait, si on ensemençait chaque année la récolte, pour couYrir en quatorze années la surface cntiére du globe. Vauban a démontré qu'une truie peut produire aprés dix génér.ttions, douze millions de porcs. Un physiologiste, Burdach, pense que la fécondité possible d'un couple de lapins ferait monter leur reproduction dans l'espace de quatre ans, si rien ne Yenait la troubler et l'interrompre, à plus d'un million. On a supputé que la reproduction d'un hareng pouYait s'élever à cent vingt mille individus. On sait qu'une disposition semblable ... « - Assez, mes maitres, Yousêtes fort sayants, et je yous remercie de m'avoir démontré que ,·ous êtes absurdes. Voyons, en effet, ce qui résulte de ce que Yous Ycnez de m'apprendre, et raisonnons un peu. « Puisque la Nature est si féconde, puisqu'elle peut produire, la bonne mère qu'elle est, tant de grains, tant de fruits, tant d'animaux diYers, comment se fait-il qu'elle ne puisse nourrir des hommes? li me semble que l'Homme est omnivore, et qu'il pourrait fort bien se nourrir aYec cette terre si féconde. Les géographes calculent qu'il y a à peine· sur toute Ll surface du globe un milliard d'hommes (1), et vous troun:z qu'un Genre humain, qui pourrait tenir tout.entier dans six lieues carrées, est beaucoup trop nombreux? ... Comment donc avons-nous perdu notre héritage, et sommes-nous déchus, au point qu'un nombre d'hommes qui tiendraient tous dans la plaine de SaintDenis forment, suiYant ,·ous, une charge trop grande à nourrir pour une faculté infinie répandue dans un globe qui a trois mille lieues de diamétrc? Expliquez-moi cela, je YOUS prie, mes maîtres; expliquezmoi comment vous accordez votre point de départ, la fécondité infinie de la Nature, avec votre conclusion, qui équi,·aut à la stcrilité absolue de cette même Nature? ... « \'os principes! Ils sont basés sur une incroyable contradiction. Pour prouver que la multiplication humaine est infinie, vous remarquez que la Nature déploie dans toutes les espcces une puissance de fécondité incalculable; mais quand vous arrivez aux moyens de subsistnncc de l'Homme, vous oubliez cc que vous venez de dire; vous (1) Ces lign.:s - <!xtr.1itésde Mal/bus el les l.;co110,11isles - ont paru en 1849.

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