La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

CHRONIQUE MUSICALE M. G. C. Ferrari : Ric/Jerchesperi111e11tali rnlla 11a/11radel!' e1110Lio11f mmicale; enfin u_nc étude sur A11lo11iBoaz:;_i11i par M. E. de Guarinoni. Lyon, comme on sait, est Ùnc des rares villes de France où l'on fasse n'.:cllemcnt et cffcctiYcmcnt de la déccntralis:ition artistique, et de la meilleure. C'est à Lyon que fut ·représenté (ainsi d'ailleurs qu'a Nantes, à Bordeaux, ù Rouen, etc.) Lo/Je11gri11, bien avant de passer à !'Opéra de Paris; c'est à Lyon qu'ont éte, pour la prcmiérc fois en France, mis à la scène les 1vfaitresclJa11/e11rs, avec un ('.:norme succès aupr('.:sde toute la population lyonnaise, trés amateur de bonne musique et qui, plus heureuse que ceUe de Paris, a l':ivantage de pou\"Oir aller à l'Op('.:r:i pour des prix tds modiques. C'est à Lyon egalcmcnt qu'a eu lieu aYec beaucoup de succès la première rcprescntation de Ve11dù, de !vl.M. Foley, Brisson et Gabriel Pierné. « Cc n'est pas que l'œune soit quelconque, m'écrit à cc sujet M. Marius Montet, directeur de Lyo111111ivei-sitaire, mais il a vraiment affaire à un livret si niais, si conYentionncl, qu'il enlèYc toute la sensation d'art qu'on pourrait eprouYer ù écouter une partition, en somme intéressante, bien que peu originale. Il y a là dedans des passages d'une inspiration franchement populaire et qui gagneraient à être placés dans la bouche de paysans qui fussent des paysans et non point de ces jolis-cœurs d'op('.:ra-comiquc roucoulant des choses faites pour être dites par des êtres naïfs, exprimant avec simplicité des sentiments simples. « I.e troisième et le quatrième acte sont construits sur un motif vraiment beau; une sorte de lei/1110/iv de guet-apens, de conjuration, clamé d'abord par le prêtre b1erguménc qui conduit les Chouans. Cc thème revient au quatricmc acte, au moment où se prépare et s'effectue la surprise des soldats rl:Yolutionnaires par les Blancs; il y a vraiment là de la grandeur et de l'inspiration. Mais quelle platitude de caractères, de sentiments~ musique nullement psychologique, et qui le serait difficilement, étant donné les fantoches dont elle doit exprimer les sentiments. Je crois que Pierné, aux prises avec un linet autre que celui-ci, serait capable de nous donner mieux. » Je ne puis donner d'avis personnel sur l'œuvrc de M. Pierné, mais je crois le jugement ci-dessus assez juste. M. Pierné, qui a écrit des pantomimes qui sont de véritables chefs-d'œuvrc, M. Pierné, à qui l'on doit cette .Vuit deNoiil qui est une des. plus belles sccnes lyriques de ces dernières années, est donc, lui aussi, victime des librettistes. Quand donc les compositeurs qui, presque tous, sont des lettrés, se délivreront-ils de cette tutelle gênante et souvent tyrannique des fabricants de livret? A moins d'une étroite communion, d'une intime pénétration, résultat d'un long et assidu commerce, telles qu'en offre l'histoire littéraire, on ne peut jamais que par le plus grand des hasards

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