La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

616 LA REVUE SOCIALISTE ccptablcs. Les écriYains trotwcnt donc dans les légendes mythologiques, bibliques, boudhiques ou autres, des éléments de poésie tout preparés dont il leur est commoàc de se serYir. Je ne voudrais pas leur retirer un si puissant levier; mais je You<lrais les voir chercher avec <liscernement dans les fabld antiqnes celles qui peuvent leur permettre de développer des idées justes et éternelles, capables d'intéresser toujours l'humanité; ne pourraient-ils dégager de l'É\'angilc par exemple cc qu'il y a de Yrai, ce qui fut promis par le christianisme et n'a pas été réalisé par lui depuis deux mille ans? Ils y montreraient ainsi, non pas la solution du problème social, comme on le dit parfois légèrement, mais quelques principes utiles dont on parle tout en les méconnaissant et qu'il serait bon de remettre en lumière. Au lieu de cela i\l. Rostand s'est borné ù nous montrer l'arri\'éc du i\lcs_sie qui vient sauver le monde et qui est reconnu et salué tout d'abord par une courtisane. i\lalhcureusemcnt le i\1cssie n'a rien sauvé du tout et il n'y a là qu'un petit coin de légende anecdotique et sans portée. Avec Irréguliers, i\IM. Alfred Bonsergcnt et Charles Simon nous ramènent ù la réalité et même à la discussion des con\'cntions sociales. Je regrette qu'ils ne l'aient pas fait avec plus de maîtrise et d'habileté; car leur donnée est intéressante. Mais l'œuvre est sentimentale, déclamatoire et fausse par des bien des points. \'oici l'histoire : Une jeune fille, peut-être une courtisane, je ne sais pas exactement, a eu un fils. Puis elle a été aimée par un homme marié que sa femme a\·ait abandonné. Cet homme pouvait et Youlait divorcer pour épouser sa maitresse et rendre rcgulicre aux yeux du monde sa nouvelle situation. C'est la maitresse qui n'a pas voulu de cet arrangement. Elle a préféré, et ceci n'est pas sans grandeur, tenir et garder l'homme qu'elle chérit et qui la rend parfaitement heureuse, par le seul lien de la tendresse, en faisant fi des liens artificiels qu'apporte et qu'exige la société. Seulement, elle a été obligée de mentir devant le monde et de porter un nom qui n'est pas le sien. Cette situation l'a entraînée dans une série de complications si inextricables qu'elles paraissent même impossibles. Ainsi son fils a grandi, a fait ses études, est parvenu a l'âge d'homme, s'est fait recevoir docteur en médecine, et est ù la veille de se marier sans avoir jamais YU son extrait de naissance et sans se douter qu'il est bâtard. Je voudrais bien que MM. Alfred Bonsergcnt et Charles Simon, qui ne sont pas des rêveurs et qui, en leur qualité de secrétaires-rédacteurs au Sénat, ont la connaissance des choses pratiques, m'expliquent comment un pareil fait est réalisable et même concevable dans une société aussi paperassicre et inquisitoriale que la nôtre. Enfin, passons sur cc postulatum, et voyons la situation du jeune homme qui, se croyant d'une naissance parfaitement réguliere devant la loi, a demandé en mariage une jeune fille d'une

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