CIIRO~IQUE THÉATRALE laisser gouverner contre la raison au 110111 d'un _Dieu mystérieux et volontaire. Et puis un soufl1c de réflexion et le grand ouragan des idées moderm.'s ont dissipé cette fantasmagorie éclatante, dont pourtant k mirage léger subsiste et flotte lointain mais précis pour nos yeux, comme s'il correspondait encore à la réalité. Beaucoup des astres que nous contemplon~ dans les cieux et qui nous réjouissent Je leur incomparable éclat, sont peut-être morts à l'heure qu'il est, 011 le sait. J2tant donné leur éloign~mcnt à l'infini et le temps que leur lumiérccmploie pour nous p:nvenir, peut-être ne voyons-nous plus l:'t-hautque des flambeaux brillants jadis, mais cnticremcnt consumés aujourd'hui. li en est ainsi pour le~ systl'.:mesreligieux et en particulier pour la légende chr0ticnne. Elle a irrémédiablement péri; la rai~on, la philosophie, lascil.'nce, la liberté, ont éteint sa flamme; ccpendant pour un grand nombre d'hommes la lumiére de l'intdligcncc e\l lente;\ ,·oyager et leurs yeux perçoivent encore maintenant, de fa-;on L1rdivl.',l'éclat de visions qui jadis parurent :i tous resplendissantl.'s, m:ii~ gui sont désormais évanouics. D'autrcs, qui ne croient plus, conservent une sorte de respect attendri pour l'objet di: leurs anciennes croyances. Enfants, ils ont fait avec leur pelle et leur seau de petits p:hés sur le sable; ils ont dressé des fortins, des bastions, cc qui les a énormément amusés. De,·enus grands, ou ù 1wu prcs, ils parlent encore avec égard de ces jeux qu'ils négligent; ils ne vculent pas qu'on touche à ces souvenirs des di,·ertissements de leur premier iige. C'est :iinsi qu'a été inventé ce qu'on a appelé avec un sérieux comique - le mot est de i\!. Jules Lemaitre, si j'ai ml'.:moire-- la piété sans la foi. Car 011 peut, parait-il, être en même temps incrédule et pieux; on peut sans croire ù la vertu et à la réalité des choses saintes, en conserver le goùt, garder pour elles une vénération puérile et béate. C'est pour ces deux categories de spectateurs, les attardés et ks respcctucu:s;, qu'écriwnt les poètes qui puisent leur inspiration dans ]"Évangile. Ces spectateurs paraissent en somme moins nombreux qu'on ne l'imaginait si l'on en juge par le peu d'empressement que met la foule à courir au théàtrc, malgré le talent déployé par les auteurs, malgré la renommée extraordinaire de l'interprète, Mme Sarah Bernhardt. Quant aux poètes, ils me répondront qu'ils sont bien libres Je s'abrcuYcr à telle source qui leur plait, qLTeleur rôle est <lechanter, et que, s'ils trouvent de la poésie dans les livres saints, ils ont bien le droit de s'en emparer. Soit. Les religions se présentent en effet sous un beau costume de poésie qui fait leur prestige aux yeux du peuple; leurs récits ne sont mêmes que des fables symboliques enveloppant des préceptes cachés qui, présentés sous une forme abstraite, rebuteraient les simples, tandis qu'un peu de maquillage les rend plus facilement ac-
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