La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

612 LA REVUE SOCIALISTE M. Bertillon, est donc mal Yenu :\ proposer, pour enrayer le dépeuplement, dl: diminuer la mortalité. :-1. Bertillon a raison de mettre en lumièn.: le caractère profondement :rntisoci,11du libéralisme économique .. \u fond, d'ailleurs, celuici a toujours pn;ché la dépopulation. Dans leurs déYeloppcmcnts théoriqul.:s, les économistes ont toujours exalté la pn'.:\'oyance, la pruckncc conjugale et proclaml'.:ml'.:ritl'l.:e sort pn::cai1e des familles nombreuses. Si les ouYricrs se reproduisent trop rapidement, plus rapidcnH.:ntqul.: ne s'accroit la somme lk traYail et de salaires disponibles, enseignent les 111;1nuclsd'l'.:conomic politique, la concurrence leur inflige une leçon ml'.:ritl'.:c;l'offre des bras dépasse la demande et le chômage rappelle les tr.w,1illeurs aux règles de la prudence qu'ils n'.rnraicnt pas dù transgn:sscr. La dépopulation française n'est que la conséquence des mœurs conjugales rccommandl'.:cs par l'économie politiqLle, et ses professeurs ne sauraient s'l'.:mouYoir outre mesure d'un état de chosl.:s auquel ils auraient contribul'.: pour une large p,trt, si en matièrl.: pareille les disscrt.nions théoriques pouvaient exercer une influence quelconqtH.:. En tout cas, cc n'est pas d'eux qu'on peut e~pérer Yoir surgir l'initi,lli\'e propre ù (:dicter Lks n:gles d'hygiène publiqul.: de nature à aml'.:liorer notre mortalité. i\1fais de cc •1ue les membres de la Ligue se heurteraient, dans leurs projets de rl'.:glcment.1tio11sanitaire, :'t l'opposition inùluctible Je~ l'.:conomistcs; Lk cc que, :rn nom Je la liberté du commerce et de l'industrie, les marchands ont le droit de dl'.:biterdes produits falsifil'.:s et le, industriels de procl'.:der ,\ cette falsification uni,·crselle, tandis que les propril'.:taircs d'immeubles urbains rcYendiquent au nom de la propridl'.: k droit de louer très cher des maisons qui sont des foyers d'infection, s'ensuit-il que i\l. Bertillon et ses collaborateurs doiYcnt ~'.1bstenir de porter leurs efforts sur cc point? .\u contraire, et ces efforts, quelque rl'.:sistance qu'ils rencontrassent dans l'influence de l'esprit l'.:conomique, aur.1ient au moins l'aYantagc dl.! s'attaquer au Yl'.:ritablcennemi. P.1rLi ib pourraicnt ètrc ,\ 1.1 fois fl'.:condset durables. La France se meurt en effet par l'l'.:conomiepolitique. La decrois- ">,rnccde la natalité n'est qu'un des symptomes par ksquels se manifeste l'irréml'.:diablc décadence ;1laquelle notre pays est en proie. Il y .t !,\ une constatation Yisibk de l'affaiblissement organique de notre race que corrobore le phénomène lk notrl.: mortalitc. Croire qu'on peut .1gir sur l'un indirectemu1l, sans s'efforcer d'améliorer l'autre, me paraît une utopie. Enrayer la mortalité n'aboutirait pas, comme le prédit M. Bertillon, .\ préserver seulement quelques milliers de vies humaines, mais encore à relcYcr le chiffre de la natalitl'.:.Par exemple, J.rns les départements oi.1sévit l'alcoolisme, des mesures propres à enrayer la consommation de l'alcool n'auraient pa~ seulement pour

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