La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

REVUE DES REVUES 6II efficace et definitif, le mal gisant dans !a chute graduelle du chiflre des naissances; le palliatif n'en aurait pas moins son prix. Mais M. Bertillon ne croit pas à la possibilité d'obtenir du gouvernement français les mesures d'hygiène qui seraient ncccssaircs, par suite de l'opposition intransigeante des economistcs à toute tentative de reglcmcntation. L'Angleterre, pays traditionnel de la libcrte cconomiquc, a pu elaborer des n;glerncnts sanitaires très rigoureux que tout le monde respecte et approuve. En France, les cconomistes crieraient à la violation de la liberté individuelle. M. Leroy-Beaulieu est donc mal venu-à conseiller des mesures vagues d'hygienc qu'il combattrait demain. M. Bertillon rappelle avec amertume l'ctcrncl dialogue entre l'économie politique et l'hygiène : « - Cette denrée est falsificc, dit l'hygiène. Vous n'en mangerez pas. - Mais s'il me plait de m'empoisonner, rcpond le particulier. Si je préfère l'acheter bon marché et mauvaise? - Cette maison est sale, mal bàtie, vieille, vous ne l'habiterez pas. - I\lais s'il me plait d'y habiter, cela vous regarde-t-il? » Et ainsi de suite pour tous les cas où la collectivité intervient en vue de prévenir les conséquences morbides d'un état de choses malsain. Yves Guyot n'a-t-il pas traite les prescriptions relatives à la désinfection des appartements de« violation de domicile ii. Comme exemple de l'impuissance où. se trouve la science contemporaine de sauvegarder la vie humaine des pratiques malsaines, M. Bertillon cite le fait suivant : « Le Comité d'hygiène publique de France, dont j'ai l'honneur de faire partie, a été consulte par le ministre de l'intérieur, dans sa dernicre scancc, sur la suite à donner à la pétition d'une Société maternelle qui réclamait l'interdiction de l'usage des biberons à tube. Le Comité a eté unanime à renouveler l'anathème, cent fois lancé dcja, contre cc biberon meurtrier. Mais il a étc unanime aussi à déclarer que, grace a la liberté de l'industrie, on ne peut pas en interdire la fabrica~ion; grâce a la libcrtc du commerce, on ne peut pas en interdire la vente; grâce a la liberté des péres et méres de famille, on ne peut pas en interdire l'usage. On peut seulement le déconseiller, ce qu'on fait depuis vingt ans sans aucun succcs, car cc biberon est commode; il • est soutenu par une réclame effrénée et le public écoute les charlatans plus volontiers que les avis de l'Académie de médecine>>. Inutilê d'ajouter que M. Leroy-Beaulieu, dans la réponse aigre-douce faite a M. Bertillon, s'est gardé de s'expliqt1cr, tout en maintenant ses assertions premiéres, sur les mesures d'ordre pratique qu'il proposerait en vue d'enrayer la mortalité. N'a-t-il pas, récemment, protesté au sein de l'Académie des sciences morales et politiques, contre les prétentions excessives de l'hygiéne, de plus en plus exigeante et audacieuse, dans les atteintes qu'elle porte à la liberté individuelle sous prétexte de sante publique! M. Leroy-Beaulieu, conclut logiquement •

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