La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

608 LA REVUE SOCIALISTE encore, malgré la réforme apportée dans l'emploi du travail infantile, la mortalité, parmi les enfants des classes ouvrières à Mulhouse, était de 33 °/o contre 10 °/o dans les familles aisées. (Boudet, Académie des Sciences, 27 nO\'Cmbre 1866.) Un rapport du bureau des manufactures signalait, en 1837, que dans certains cantons employant des jeunes enfants, on comptait 9,938 infirmes ou difformes sur 10,000 conscrits. Les capitalistes, en exploitant les enfants d'ounicrs, mangeaient leur blé en herbe, a dit Karl Marx; ils gaspillaient la force-travail; à tel point qu'ils s'émurent eux-mêmes des résultats désastreux de leur cruautc'.:et, en France, cc furent les manufacturiers de Mulhouse qui prirent l'initiative de la réglementation légale du travail. cc Quelles pcuycnt être, en effet, se demandait Dupin, à la Chambre des pairs, les conséquences de semblables exccs? Un rapide affaissement de la santé, des maladies professionnelles Yariécs et fréquentes, des infirmités précoces et graYes; enfin, ceux des jeunes travailleurs qui ne périssent pas victimes d'un tel exccs de barbarie, n'atteignent la virilitc'.: qu'aycc un tempérament délabré, des forces énervées et des maux, la plupart incurables ... » Songer à rétablir cc régime de cc barbarie >> industrielle pour accroître la population cst,.cn soi, une idée au moins bizarre, pour ne pas qualifier plus sévéremcnt l'idéal social intime qu'un pareil vœu décèle. Mais M. Leroy-Beaulieu, d'une part, propose qu'on revienne au massacre des Innocents, alors qu'il considère, d'autre part, que l'effort législatif principal doit s'exercer surtout sur la mortalité. Car le rèdactcur en chef de l' Eco110111isle insiste justement sur l'importance de la mortalité comme facteur de la dépopulation. Les naissances diminuent, en effet, mais la mortalité reste stationnaire, au-dessus de celle obscrYéc dans divers pays, et s'il est difficile d'influer sur la marche de la natalité, on pourrait au moins enrayer les déccs, dont le ralentissement suffirait en bien des cas pour faire pencher la balance du côté des naissances et supprimer le déficit absolu de population constaté au cours des années 1890-1895. Comme M. Leroy-Beaulieu avait primitivement pris à partie la Ligue fondée par M. Bertillon, il s'est attiré· de celui-ci une réponse intéressante qui mérite d'être résumée. Pour M. Bertillon et contrairement aux assertions de i\1. LeroyBeaulieu, 1° cc la France est le seul grand pays d'Europe oü s'observe une décroissance de la natalité» ; 2° les mesures d'hygiéne sont cc incapables d'augmenter la population >). Sur le premier point, nous sommes d'accord avec notre savant confrère, bien que la formule qu'il emploie nous paraisse un peu absolue. Mais, il est certain que la France, comme nous l'ayons dit maintes fois, est le seul pays oü la décroissance de la natalité s'observe avec une progression continue. Les chiffres suiYants sont à cet égard

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