La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LE PROBLtME DE LA SANTt 53 En France, en 1.885, 52-1-,915 personnes ont succombt'.: aYant 60 ans. Si b mortalité générale n'avait pas dcpassc celle des familles riches de l'Angleterre, la population au-dessous de cet àge n'aurait fourni que 322,386 déccs. La misére a donc emporté 202,529 personnes avant leur soixantiéme annce. A b Nouvelle-Zélande, à la suite d'une hausse considérable des salaires qui, par un effet exceptionnel, n'a pas correspondu it une suréléYation des denrées, la mortalité est tombée au chiffre incroyable de 12. 5 pour mille. Le docteur Drysdale, dans un mémoire sur la Mortalité desricbesel despauvres (1880) - mémoire auquel nous empruntons cc renseignement et plusieurs de ceux qui _le précédent - remarque quc si l' Angleterre anit une mortalité semblable, 230,000 existences seraient sauvées chaque année. Que la France parvienne it introduire pareille amélioration dans la vie matcriellc de ses habitants, et le nombre des déces qui était, en moyenne, de 862,48-1- pendant les années 1890-9-1-, descendrait à 476,667. Cc serait, chaque année, une économie de 385,817 existences. Le docteur Bertillon - un statisticien officiel toujours timide et réserYé dans ses évaluations - déclare qu'en France, chaque année, 26,000 vieillards meurent physiologiquement trop tôt, 60,000 enfants succombent avant neuf ans sous l'influence de la misére, 60,000 enfants employés dans les manufactures sont tués par l'exploitation capitaliste et 44,000 adultes traYailleurs sont fauchés par les accidents, l'insalubrité des métiers et l'insuffisance de la nourriture. C'est un total de 190,000 personnes que quelques progrés sociaux pourraient arracher à la mort. De son côté, Teissen établit que la mortalité des enfants au-dessous de cinq ans dans la classe bourgeoise se trouve comparativement à la classe ouvriére dans le rapport de r à 6, c'est-a-dire que sur 100 enfants qui succombent au sein de la pauvreté, 80, au moins, auraient échappé à la mort s'ils étaient nés dans l'aisance. A quoi bon multiplier à l'infini ces témoignages? Nous avons vu que la durée moyenne d'une existence est, à Paris, de 66 ans, - à Berlin, de 53 ans, - à Vienne, de 83 ans, etc., dans les quartiers riches, contre 37 ans a Paris, - r 7 ans à Berlin, - 34 ans a Vienne, etc., dans les quartiers pauvres. Pas plus que nous, les Compagnies d'assurance sur la vie n'ignorent l'énorme différence qui existe entre la longévité des gens riches et celle du commun des mortels. La mortalité moyenne de la clientélc des Compagnies - l'examen de leurs tables le prouve - est toujours supérieure a celle des rentiers.

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