L'ÉVEIL INDUSTRIEL ET COMMERCIAL DE L'EXTRÊME-ORIENT 589 X Nous venons de faire le tour de la region qu'on a coutume d'appeler !'Extrême-Orient, et qui après avoir été, si longtemps - depuis le siècle de Marco Polo - l'objet de la conYoitisc de l'Europe, devient son cpouvantail. Il reste à montrer, en dehors des causes d'ordre politique qui ont pu influer sur l'évolution de cc groupe, les raisons d'ordre économique qui déterminent ses progrès sur une partie au moins des marchés du monde. Examiné dans son ensemble, cet accroissement industriel et commercial se résume en deux chiffres qui portent leur enseignement : les échanges de l'Inde, de la Chine et du Japon, évalués en 1890 à 5,441 millions de francs, si l'on prend les roupies, taëls et yens à leur ·valeur nominale, ont passé en 1894 à 7,755, soit en quatre années pne plus-value d'un tiers. Aucune puissance européenne n'accuserait une différence· aussi colossale. Et encore, doit-on tenir compte de cc fait que l'Inde, subitement ralentie dans sa marche conquérante, et la Chine à peine éveillcc, ne contribuent pas proportionnellement à cette ascension des statistiques douanières. C'est sur le Japon, de toute évidence, qu'il convient de porter spécialement son attention, mais comme l'Inde pourrait fort bien nous surprendre, malgré ses conditions climatériques défectueuses, et que le Céleste Empire paraît tout disposé à suivre l'exemple du Nippon, l'on aurait tort de les omettre dans une explication même succincte du phénomène asiatique. Certains économistes ramènent cc phénomène à la question monétaire, à la grande querelle du bimétallisme et du monométallisme. Ils rappellent le mot célébre de \.Volowski : « La race qui a pour étalon le métal déprécié sera la maîtresse de la terre. » Il est incontestable que les agents diplomatiques et consulaires de l'Europe se montrent en général très portés à imputer à la crise de l'argent les succès de la Chine, de l'Inde et du Japon. Nous trouvons dans deux rapports, expédies à deux années d'intervalle par le représentant de la France à Tokio, les assertions suivantes qui résument fort bien la doctrine : « La baisse de l'argent a favorisé le Japon, en lui permettant de fabriquer à meilleur compte, et en refoulant les produits d'Europe des pays argentistes ... Il convient de ne pas perdre de vue que la dépréciation de l'argent, qui entrave notre commerce d'exportation, profite au contraire à un pays dont l'unité monétaire conserve pour ses besoins intérieurs la même valeur indépendante des fluctuations du change, et facilite ses exportations dans une proportion vraiment effrayante. » Brandt écrit dans le même sens : « La dépréciation de l'argent est une source de bien-être pour les Orientaux et de malaise pour les Européens. »
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