588 LA REVUE SOCIALISTE tion qui comprenait 24,000 b:itiments aYec 17 millions de tonnes en 1893, s'ékYait :\ 38,000 avec 30 millions en 1894. L'e pavillon chinois à lui seul triplait d'importance : 6 millions au lieu de 2. Li guerre sino-japonaise de 189.~-1895 semble aYoir imprimé a la Chine l'ébranlement définitif qui l'arrachera à sa torpeur séculaire et la jettera dans la concurrence internationale. Cc n'est pas uniquement à son outillage militaire et naval que le gouvernement de Pékin devra songer désormais. Le problcme est plus haut, infiniment plus large, et de nombreux: symptomes démontrent qu'on l'envisage sous un tout autre.: aspect. C'est à un réveil général, ou plutot à une résurrection d'un État mort depuis des siècles, que l'Europe assistera d'ici peu a\·ec u11estupéfaction mêlée de crainte. Déj:'t l'année qui a suivi la signature de la convention de Simonosaki fut marquée là-bas - comme au Japon - par une activité presque maladive, et telle que l'histoire des Célestes n'en faisait pas mention. La révolution de la Chine sera moins soudaine, moins instantance dans l'ensemble que celle du Nippon - parce que cet empire est autrement vaste et que ses diverses parties sont moins solidement cimentées - mais la transformation ne paraît pas moins devoir cheminer avec promptitude. L'enquête générale que Li Hung Chang est venu faire en Europe au mois d'aoüt 1896 et qui a surtout suscité une curiosité béate d'un moment, a été et sera l'origine des revirements les plus inattendus'. Dès maintenant des filatures montées soit par les capitalistes européens, soit par des Chinois, s'élèvent à Ning-Po et à Shanghaï et développent sans trêve leur outillage (360,000 broches et 3,000 métiers au ycr janvier I 896); à Fou-Tcheou, la fabrication des cotonnades occupe I 2 ,ooo personnes. li y a dans toute la n'.:gion des côtes des embryons d'organisation industrielle qui recèlent pour une échéance proche de graves menaces à l'adresse de l'Occident. Brandt décJa.rait récemment au cours d'une conférence à Charlottenbourg que la Chine commence à filer la soie et il ajoutait que l'intclligence des Fils du Ciel était plus redoutable tJUe celle des Japonais. Cc qui peut atténuer - temporairement - les appréhensions des nations d'Europe, c'est que la Chine manque de moyens de communication. On sait que le premier chemin de fer, celui de \Voshung à Shanghaï, avait été détruit en 1875 par ordre du gom·ernement. En 1885, Li Ilung Chang gagna la cause de la traction mécanique en inaugurant une autre ligne, amorce des réseaux futurs. Le jour où les matières premicres circuleront sur rails dans cette contrée sans Iimites, et où les houilles et les fers du Chan Si seront exploitables, "les peuples de l'Occident discerneront l'immense portée de cette évolution de la Chine, vraiment digne d'être rangée parmi les événements c.1pitaüx: du siècle.
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