L'ÉVEIL DIDUSTRIEL ET CO,\IMERCIAL DE L'EXTRÈ~IE-ORIE:S:T 575 ------------------------------- mot de Kossuth : « Les deux personnages les plus cxtraordinain:s de cc temps sont Bismarck et le Mikado ». Ils discernêrcnt un ri\·al de demain, d'aujourd'hui, un adYersaire men.içant, dans cc peuple insu-_ !aire qui, d'un bond, se mettait à la tête des jaunes, et du premier coup, s'affirmait dans la plénitude de sa force et de sa Yolontl'.:. Le traité de Simonosaki li\Tait le continent, l'empire chinois aux Japonais. Il sema autant de stupéfaction, autant d'cflroi que, dix-sept ans plus tàt, la convention de San Stefano. Il en jeta même davantage, parce qu'il était moins attendu, et qu'on en saisissait plus confusément la portee. 11 ne s'agissait plus d'ailleurs, d'une parcelle minime du globe, comme la péninsule des Balkans, mais d'un monde tout entier. Et l'on eut la Yision, peut-être juste, peut-être destinée tàt ou tard à se réaliser, d'une Angleterre nouvelle, d'une GrandeBretagne asiatique, abritée par ks mers, fondant sa domination sur des centaines de millions d'hommes, et clé\'crsant sur la vieille civilisation le torrent que nos ancêtres connurent, il y a des siècles, au temps des grandes invasions. Comme le traitl'.: de San Stefano aYait soulc\'1.: une coalition contre le Czar, le traitl'.: de Simonosaki groupa contre l'Empire du Soleil Levant des nations assez peu disposées ù s'entendre. Nous n'apprécions pas : nous constatons. La France, l'Allemagne, la Russie imposércnt au Mikado une sensible rl'.:duction de ses avantages, et le rell'.:gucrent clans les îles <l'oü il p1ùcndait sortir. Elles crurent conjurer le danger le plus imminent en garantissant;\ la Chine l'intégrité de son domaine continental. Seul le Royaume-Uni, soit affinitl'.: instincti\'e, soit calcul politique, soit netteté de vues, manifesta sa sympathie au gouvernement de Tokio et assista impassible à sa victoire. Le Japon a cédl'.:; son Parlement, la rage au cœur, a cnrcgistrl'.: la capitulation devant la nouvelle Triple-Alliance. Mais ses aspir,1tions demeurent intactes : son rêve d'avenir n'a rien perdu de sa consistance; dans l'affolement du succês il ne vise plus seulement l'hégémonie de l'Asie, il entend jouer un ràle plus vaste encore, et ses diplomates proclament déjà la« décrépitude de l'Europe» ( r ). Sa haine contre l'étranger n'est que l'expression de ses jalousies et de ses ambitions; - et d'ailleurs par le développement constant de son industrie, de son commerce, il a préparé en tous sens les annexions futures. Il y a là un parti tout puissant, celui ·des ultra-chauvins, - on dirait outre-Manche des Impérialistes, qui jette son dévolu sur la Corée, la Mandchourie, sur d'autres contrées. Et ce n'est pas seulement le désir de la conquête pour la conquête, la fureur des kilomctres (r) Mot du comte Okuma, ministre des affaires étrangères.
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