La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

564 LA REVUE SOCIALISTE gain, et de meconnaitrc qLlC si les br:is ne fonctionnent point l'estomac ccsser:1 de fonction•1er. L':iiguillon de la faim est un mobile plus immédiat et dont les exigences sont autrement impérieuses que les autres mobiles d'acti\'ite tels que la bonne chére, Li. luxure, le luxe, le jeu, le lucre ou la renommée. Celui qui obeit ,'t cc mobile immédi:it ne peut donc être aussi libre, personnellement et socialement, que celui qui ,1git pour se procurer des satisfactions supplémentaires. Supposons qu'un m:inœm-re et un chef d'usine soient pareillement astreints à traYailler dix heures par jour, il y aura pour tous deux privation égale de liberté pendant dix heures. Mais on peut dire qu'étant donnée la différence de rémunération de leur tr.1Yail respectif, le manœuvre devra traYaillcr sept ou huit heures a\'ant d'ayoir gagné seulement la nourriture de sa famille et l:i sienne, tandis qu'au bout de la premiére ou de Li deuxiérne heure, le chef d'usine aura pourH1 à la dépense de sa table. Il ne restera donc à l'ounierque deux ou trois heures pour assurer Li satisfaction de ses :iutres besoins : logement, vêtement, plaisirs, tandis que, pour produire ces satisfactions trés étendues et multipliées, il en restera huit ou neuf à son chef. Dans ces conditions on ne peut p1ùendre qu'ils jouissent d'une liberté égale, puisque le droit à l'épargne, p,ir exemple, moyen de liberté personnelle ultérieure par excellence, peut ·presque toujours ètre exerce par le chef de traYail et ne peut l'être que dans de rares conditions par l'ounier et toujours dans une proportion trés sensiblement moindre. Il faut donc reconnaitre qu'entre l'homme pourH1 d'une résen·e d'argent gui se décide au travail soit p,ircc qu'il prévoit que sa réser\'e s'épuisera s'il ne l'alimente, soit parce qu'il \'eut augmenter cette réserve pour l'aYenir ou multiplier ses jouissances pour le présent, soit parce que l'oisiYeté lui parait degradante, tous mobiles indirects ou lointains, signes de preYoyance ou de dignité pcr:;onnelle, et l'homme que la Liim chasse ch:ique matin de son grabat pour g.1gner le repas d-.: midi, il n'y a guére de comparaison ,'t établir. Que si, ne YOulant Yoir entre eux nulle différence de qualité, mais seulement de quantité, on les prétend libres tous deux, on sera bien forcé de conYenir que le premier est infiniment plus libre que k second. Il y a Li un ccart de liberte que le collectiYisme rélluira consillérablcment, non pas, comme le craignent ceux qui s'imaginent que le triomphe de l.t plcbe ser.1it le régne de la brutalité et de l'ignorance, en diminuant ou en supprimant la liberté du premier pour la rapprocher de la sen·itudc du second ou l'y confondre, mais en éle\·ant le second au degre de liberté du premier. Nous avons n1, dans le chapitre précédent, quels 1°1clèur~~oci.1ux et economiques, nés du régime capitaliste même, conC,Hll'ent .'t CLrapprochement, mais dans le sens d'unecomrnune ser\'itude. Le capitalisme a introduit dans le traYail une discipline que le collectiYism..: nL ro111pr.1point, puisqu'elle est une condition essentielle de

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