LA PllOPRIÊTÊ IDÉALE Les docteurs de l\:conomique et de la politique capitalistes :iffirment que donner au prolét:iire accès ù b propriété par le moyen colkctiYi~tc serait le ramener :\ b scn·itudc .. La prcrniérc partie de cc. soph ismc se détruit d'cllc-mémc par la comp:iraison du degré de liberté qu'on p.:ut constater chez cdui qui possédc et chez celui qui ne possède pas. Pour la seconde partie, il n'y a qu'ù considérer le d.:gré de liberté dont jouissent les copartagc:ints des bénéfices de l'impersonnelle propriét<'.:capitaliste, et se dcm:indcr si leur lib.:rté ne s'.:st pas au contraire accrue en raison de la transformation de la propriété i111111obilièernc proprict<'.: mobilière et de la solidarisation des propri<'.:tair.:sdans l'exploitation capitaliste de la propïiété. Pour ne point empiéter sur un sujet qui trouYera s:i place dans une autre partie de cc travail, il nous faut nous en tenir ici ù examiner quel dcgn.: de liberté personnelle le régim.: c:ipitalist.: assure à l'individu et quel degr<'.o: n peut espérer atteindre en régime collcctivist.:. Dans un chapitre préc<'.:dentil a été dé111011trjéusqu'à la plus cornpll'.:te évidence que la prétendue liberté capit:tliste n'a été et n'est encore qu'une série d'actions et de rbctions presque pui:ement mécaniques dans un organism.: constituant :'t tâtons, p:n une profusion d'efforts inutiles et meurtri.:rs qui peut ètre comp:irée aux aYeuglcs mouYements de création et de destruction de la nature, s.:s élé_ments sous la pression de faits dont il n'a pas encore pris conscience. C'est cela qu'on appelle la liberté? Fatalité n'est-il pas un ter111cplus exact pour exprimer ces mou,·emcnts de l'J1Lco11scie11t économique? Cette fatalité, d'ailleurs, ne' recule-t-clle pas partout où le capitalisme devenu conscient organise le domaine économique? Ne fait-il pas cesser, ainsi que nous l'avons remarqué, cette manifestation de prétendue liberté qu'est la concurrence, par l'établissement organique du monopole capitaliste, solidarisant entre elles toutes les expfoitations sur lesquelles il a mis la main? Ne peut-on dire, dés lors, qu'en un sens le régime capitaliste substitue la liberté ù la fatalité, c'est-à-dire le fonctionnement conscient, régulier et de moindre déficit, de l'organisme économique, au chaos inorganique qui se traduisait par la mêlée inextricable de menus int<'.:- rêts ignorants de leurs moyens et inconscients de leur but, dévorants sans savoir quel dieu leur envoyait_c_ette aubaine, dévorés sans sa,·oir quel dieu les sacrifiait. Dans le domaine économique, plus que dans tout autre, la liberté est la moins métaphysique, c'est-à-dire la plus réelle et la plus précise, de toutes les entités qui servent à exprimer les rapports des hommes avec les choses et des hommes entre eux. Nulle liberté, donc, ici, pour quiconque n'en possede pas les moyens matériels. Il faudrait qu'on sentit bien enfin qu'il est aussi odieux qu'absmde d 0 e déclarer libre de vendre ou de refuser ses bras l'ouvrier qui mange au jour le jour son
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