La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA RE\'UE SOCIALISTE de leur production, du moins ,\ l'estime capitaliste que les besoins du marché font de cette \'alcur. Ainsi, td tableau, qui fut payé à l'artiste trois cents francs, peut en \'aloir aujourd'huj cent mille, et, aussi, ne plus valoir que le prix du cadre au siècle prochain. Ces exceptions constituent des inégalités de rémunération que le collectiYismc n'abolira pas. Ce n:gime, en effet, ne peut prétendre transformer les phénomènes réels et idbux qui sont produits par la combinaison des faits et l'idée que nous nous en faisons. Il Ya de soi qu'il pourra, par une direction plus consciente de l'organisme économique et par une éducation générale plus intelligente, fa\'Oriser l'évolution de ces phénomènes et préparer volontairement des tr,111sfornutions que semble commander aujourd'hui, comme dans le passé, une fat.tlité insoucieuse des Yies humaines que broient les choses en tra\•,1il Je progrès. L'homme collectif prendra alors yfaitablcment connaissance et possession de son domaine. Somme toute, la seule égalité que puisse et que doive garantir à tous les producteurs le collecti\'isme, c'est l'égalité entre l'effort et sa rémunération. li y aura, certes, inégalitc entre producteurs inégaux en moyens, mais cette inégalité sera un mir,1cle d'équité auprès de l'inégalité actuelle ou, sans parler du prélèvement capitaliste que le colkctivi~me fera disparaitre, la rémunération semble être véritablement trop sou,•e11ten raison inverse de l'effort. XIV Dans toutes les ci\'ilisations dont l'histoire nous a tracé le tablc,1u, la pt0priété apparait comme le signe l'.:viJent et le moyen rl'.:elde la libcrte, et cc n'est pas sans raison que la Déclar,1tion des Droits de l'IIomme et les di,·ers essais de constitution politique qu'elle inspira accolent et associent l'un à l'aL,trc ces deux termes. Partout et dans tous les temps l'homme libre complet, celui qui reçoit pleinement le bénéfice des lois que d'ailleurs il a concouru à édicter, est celui qui posscde la propril'.:tl'.:: on sait de reste quelle influence ci\'iquc l'.:tait·impartie à la plèbe romaine qui, malgrl'.:le nombre de ses membres, comptait un nombre de centuries inférieur à celui de l'aristocratie. Dans les parlements modernes, même ceux qui sont issus du suffrage universel se composent en majoritl'.:de représentants de la classe possl'.:dante,et l'on peut <lireque c'est rl'.:dlemcnt celle-ci qui exerce seule le pouvoir législatif. Par quelle contradiction cc phénomène historique constant serait-il en cfh:t infirml'.:dans les socil'.:téspolitiques modernes? par quel mir.1clc le proll'.:tairc,promu ,'t la <lignitede citoyen, en exercerait-il pleinement tous les droits, alors que par la privation de la propril'.:tl'.i:l ne peut mèmc exercer le premier <letous les droits: le droit à l'existence?

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