La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

552 LA REVUE SOCIALISTE pas par des gens qui ne l'ont pas danntage pratiquée. Il faut qu'on note les manifestations de jour en jour plus perceptibles du phénomc.;ncde la solidarité dans l'ordre économique, ou il determine une ascension continue vers un meilleur état social dans lequel cependant les aYantages individuels sont encore aujourd'hui répartis en raison i,wersc de l'effet accompli. Il faut qu'on prou\'e qu'il n'y a pas antagonisme organiq uc et surtout essentiel entre les intérêts et les sentiments de l'individu et ceux de la collectivité; que les prétendues conquêtes de tel ou tel individu sur la collectivite ont été le résultat d'un effort collectif dont cet individu, le totalisant, a été le bénéficiaire unique; enfin, que la lutte pour l'existence n'a pas, dans la réalité, de caractére simpliste et absolu, qu'elle perd le caractcre individuel pour rcyêtir le caractcre collectif et ainsi tend à se résoudre finalement en solidarité, et qu'elle n'est pas le monstre inconscient et bienfaisant deYant lcquc:I se prosternent les adversaires de toute organisation volontaire et réfléchie de la solidarité dans le domaine économique. Est-il nécessaire dè montrer que le tissu social sur lequci sont brodées tl'or et de soie les richesses des uns et d'un vulgaire et terne coton ks miseres des autres rend solidaires tous les fils dont il se compose et que, par conséquent, l'enseignement de la solidarité ne devrait pas ètre un chapitre de morale scolastique, bouche-trou vaille que vaille des religions tombées en desuétude, destiné seulement à adoucir un peu les procédés barbares de la lutte pour l'existence? Oui, cela est nécessaire, puisque b morale enseignée est malheureusement une regle de pure conduite individuelle, et qu'à ce titre elle se garde bien de critiquer les conditions économiques générales qui rendent la regle inapplicable ou font que quiconque veut quand même s'y conformer est Yaincu d'a\'ance par ceux qui ne s'y conforment pas. Cette abdication sociologique de la morale a pour résultat de rendre presque inutiles les efforts que dispersent des milliers de p"hilanthropes à des œuvres de sauvetage loc.11et particulier. Respectueux du fait économique et social général qui engendre les misères au soulagement desquelles ils se sont voués, oa les voit courir, insuffisants infirmiers, sur le vaste champ de la b.1taillc sociale et ne ramasser qu'un nombre infime de blessés. En vain ils se spécialisent pour ramener les Yoleurs an respect de la propriété et les prostituées à la pratique de la vertu, pour combattre l'alcoolisme et la mendicité, pour hospitaliser les Yicillards, secourir les VCLl\'es et élever les orphelins : cette division du travail est impuissante ù tarir l'ocean d'iniquitès et de misères, la tkhc est au-dessus de leurs forces, sinon de leur courage, et le seul salut ,wquel s'emploient véritablement les philanthroP._es est le leur propre. On ne peut pourtant les laisser s'enorgueillir de leur si peu efficace besogne, surtout quand on la leur voit opposer a l'œuvre

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