LA REVUE SOCIALISTE des notions confuses. Le sentiment des responsabilités grandit chez tout être humain en proportion des droits qu'il conquiert. Quant au grief de légéreté, on reste stupéfait de la somme de renoncement .'t des plaisirs naturels que les maitresses de rnai~on exigent parfois de leurs jeunes scrnntes. Elles mettent toute leur énergie ù les sau\'cr d'elles-mêmes en leur interdisant de se rendre ;'t une tLlnse quelconque, et ne réfléchissent pas qu'elles s'accordent et accordent :i leurs filles des récréations nombreuses, sans comptn l'av,rntagc de la Yic de famille. Elles isolent ainsi b malheureuse dans un milieu étr.rnger à ses goùts et a ses habitudes. Tout être, et plus encore un être jeune, a besoin de frayer a\'ec ceux de son àge et de sa classe. Si les allures et les rnœurs de cette classe sont grossiércs, la faute en est au manque de développement physique, intellectuel et moral. C'est .'t cc dé,·cloppcrncnt qu'il faudrait porter remédc, par l'exemple d'abord cl par de-; conditiom économiques et sociales autres :qui fayoriscraicnt chez tout individu une croissance intégrale. C'est un fait établi que les scrv.rntes fournissent à la prostitution un fort contingent, .i la suite d'un premier abandon et lorsqu'elles restent s.rns ressources au moment de mettre au monde l'enfant <le leur maitn: ou d'un amant de leur classe. Alors qu'en Allemagne les ouvriercs de fabrique entrées dans les rangs des prostituées ne forment que r6 °/o du chiffre total de leur classe, les domestiques donnent 35-0ï 0 /o; les ou\Tiéres à domicile et les demoiselles de magasin •12 °/oSi sur ces derniércs le contact du luxe des riches exerce ses effets démoralisants, chez les sen·antes l'ignorance et le besoin d'afkction dans leur isolement sont les principaux agents de leur chute. Car tout le jour il n'est tenu aucun compte de leurs goùts, de leur personnalité, et lc soir clics n'ont souYent pour refuge qu'un espace sans air ni lumierc. D,rns ces conditions-là le ser\'icc dcYient une torture et toute distraction est avidement saisie. Les scn·antcs de nos grandes ,·illcs s'affranchissent en général de cette tyrannie, lorsqu'elles saYent gagner la complicité des concierges; mais la Yie sociale n'en est que plus désorganisée, ses plaisirs volés abaissant sans cesse le ni,·cau moral des domestiques. Combien il est lointain déjù, le temps où les rapports étaient familier:, entre la cuisine et la grande salle, où les veillées rassemblaient en province la maisonnée au bruit des rouets des femmes. Ces mœurs patriarcales s'en sont allécs rejoindre celles où les reines et les dames <le haut lignage filaient cntourecs de leurs scn·antcs. La période que nous traversons est donc particulièrement pénible pour les intéressées en tout ce qui touche au service domestique, par la raison qu'entre femmes la lutte est toute de détail. Et l'évolution
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