La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

5 T..j. LA REVUE SOCIALISTE i\lais cette Yie patriarcale est chose du passc. Les machines et les chemins de fer lui ont porté un coup mortel. Les objets nécessaires au ménage cessant d'être fabriqués ;1la maison, le personnel a diminué, tandis que les exigences des employeurs augmentent dans la complexité grandissante des obligations sociales. A ces conditions économiques nouvelles s'ajoutent des changements de résidence plus frcquents, de soudaines crises financicres ou industrielles qui rendent instable la position des maitres et exercent un contre-coup sur celle des domestiques, sans qu'aucune compensation soit accordcc à ces derniers. Comme ils ne peuvent plus compter sur la reconna~ssancc de ceux qu'ils serYcnt, ils jugent avec raison qu'à ètre fidcles et patients ils feraient métier de dupes; aussi prennent-ils l'habitude de changer aussi aisément de maitres que ceux-ci changent de sen·iteurs et d'aller au plus offrant. Les tenaces par~·icnncnt à faire quelques économies; les autres pensent avec une insouciance trop nat~irelle dcYant l'insécurité croissante qu'il faut jouir de cc que l'on posscdc et s'accorder quelques-unes des satisfactions que leurs employeurs ne se refusent pas. Cc qui contribue à avilir la classe des domestiques est la tenue qu'exigent d'eux leurs mattres. Pour être un ou une domestique modcle, il faut renoncer à toute individualité, ne jamais lais:;er percer d'indépendance ou de volonté propre, ètrc une machine admirablement remontée et qui fonctionne sans brqit, au moindre signe, obséquieuse, muette et Yigilante. S'ils deviennent hypocrites et menteurs; ils sont pleinement excusables; c'est le seul moyen qu'ils ont de se procurer quelque repos ou qudqucs plaisirs. Autrefois les domestiques avaient leur franc-parler. Dans les maisons où cela leur est encore permis, et lorsque les maitres sont polis et dignes, les rapports redeviennent aussitàt plus naturels. Malgré leur situation si précaire cc sont cependant les domestiques qui, de tous les travailleurs, ont jusqu'ici le moins cherché à échapper à la tyrannie du capital, en formulant catégoriquement leurs reYcndications et en se groupant. La faute en est à leur isolement, car ils restent de par le~rs occupations disséminés en des milieux ctrangers, tandis que dans un travail càte à cote, les ouniers de l'usine et de la manu facture se synd iqucnt plus facilement. Chez les dornestiq ucs femmes, cc manque de cohésion est général. Leur nombre est du reste bien plus grand que celui Jes dom~stiqucs hommes dont la sujétion n'est jamais aussi complète que la leur, dans les conditions plus favorables dont ils jouissent de par leur sexe. Aussi sont-cc les servantes surtout que j'ai en ,,uc dans le prcscnt travail, quoique la plupart de mes observations soient également applicables aux hommes engagés comme valets, etc. Aucune loi sérieuse n'est encore venue protéger les employées du

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