La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

CHRONIQUE MUSICALE 497 Feu (scene II) où résonnent les harmonies déjà entendues à la fin de la Walkiire, motif de l'Incalliation du Feu « auquel répond l'allégre sonnerie <le son cor d'argent » ( I) ; et le chant de !'Oiseau, et. la chute des Dieux repassent a l'orchestre parmi le crépitement des flammes qui peu ù peu s'apaisent. .. C'est enfin Siegfried en pn'.:sencl.'. de Brünnhild qu'il prenà d'abord pour un jeune guerrier endormi sous son armure, son cheval Grane a ses côtés. C'est ensuite le réveil de la Vierge et cet ineffable duo d'amour comme on n'en entendit jamais sur aucune scene. Brünnhild céde enfin aux instances de Siegfried et elle chante son éternel adieu: « Adieu \Val hall, monde éclatant! Que tombe en poudre ton fier palais! ... Brisez, ô Nornes, le fil sacré! Soir des Dieux, surgis d'en bas! Nuit du néant, submerge tout! » Et tous deux, en un dernier transport, répètent la même invocation délirante : « Flamme d'amour! Joie de la mort! i> Littéralement indescriptible est l'impres~ion grandiose, ineffaçable, que l'on ressent même a la seule audition en concert de ce dernier acte de Siegfried. Seule la derniére scène de la Tétralogie tout entière, par sa grandeur tragique inouïe, peut la surpasser à certain point de vue. L'interprétation, de la part des chanteurs, n'a pas été trés satisfaisante, Mme Kutscherra, mise à part, qui n'est peut-être pas l'idéale Brünnhilde des connaisseurs difficiles, des bayreuthiens intransigeants, mais qui, à mon humble avis, laisse loin derriére elle telle et telle Brünnhil<le française. M11 e Planes est exécrable en Erda, M. Auguez, toujours trop bonhomme en \.Votan voyageur et M. Cazeneuve toujours trop meridional avec, de temps en temps, quelques belles intonations a son actif. La partition de M. G. Hüe, sur le pol'.-me parfois tn'.:s ingrat de M. Hettich: Jeu11esse' se divise en deux parties: le Printemps, !'Hiver. Un joli Paysage d'aurore est decrit de façon très pittoresque par l'orchestre; un chœur de jeunes filles« rieuses et hâtives i> résonne aux oreilles de l'homme qui chante le bonheur que verse en lui la nature printaniére. Une apparition s'approche qui lui conseille de boire à sa coupe « mais non jusqu'à la lie. - Je suis la Jeunesse! >i <lit-elle à l'homme qui l'interroge et lui demande son nom. L'Hiver est tot venu, dans la forêt prochaine les bûcherons abattent des arbres. L'homme pleure la Jeunesse disparue. Et la Yision reparaît, mais flétrie et décevante. Un moment l'homme revit le bonheur passé« et l'heure se fait plus morne it l'irréalité du bonheur un moment revécu. » . Cette deuxième partie est peut-être moins heureuse que la (1) A. ERNSr, R. W. et le Drame co11/e11,tporai11. Voir aussi du même auteur : l'Art de R. W. 32

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==