La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE clics <lemeilleures choses! Beaucoup plus intéressante est la Symphonie de M. Svcndsen, où, tn:s heureusement, sont enchâssés des airs populaires scandinaves; la Rhapsodie 1//arocaine de M. Lucien Lambert (d'après un poème du prince B. Karageorgcwitch) est une preuve de la Yirtuosité aYcc laquelle les jeunes compositeurs manient les mille couleurs <le l'orchestre, en décelant un état d'âme inquiétant chez la plupart d'entre eux: a,·ec une grande puissance descriptive, un manque presque absolu, semblc-t-il, de sentiments personnels, de subjectivité, de réflexion, de pensée, de philosophie. Certes, un beau tableau musical est une belle chose, mais il ne suffit pas <le faire vibrer l'éclatante lumière d'Orient ou d'Afrique, crûment, brutalement, ou de chatouiller l'oreille <lerhythmes exotiques, bizarres, il faudrait faire un peu penser l'auditeur, 'qui n ·a pas seulement des yeux et des oreilles, mais une âme et un cœur qui ne demandent qu'à être émus et cherchent vainement leur nourriture Jans ces accumulations de sonorites trcs belles, mais tres creuses aussi peut-être. Les Cba11/psop11lairefsra11çais de M. Maurice Bouchor, reconstitués par M. Julien Tiersot, le sa\'ant sous-bibliothecaire du Conservatoire, et augmenté par lui d'un accornpagn~ment orchestral parfois exagèré, malgré deux ou trois siccles d'existence, sont d'une jeunesse et d'une fraicheur que pourrait leur envier mainte composition moderne, et les danses anciennes <le Lulli ou de Rameau, nobles et distinguées d'attitudes et d'expression comme de melodie, s'harmonisaient bien avec ces vieilles melopées. L'orchestre des concerts de !'Opera manque toujours un peu d'homogenéité maigre les efforts de leurs habiles conducteurs MM. Vidal et Marty; mais les chœurs, confiés plus spécialement à cc dernier, sont encore loin d'être impeccables! Quant aux solistes, ils sont toujours excellents. Au Chàtelet, M. Colonne a, pour la première fois à Paris, fait entendre le troisième acte de Siegfried (troisième partie de la Tétralogie). Siegfried, après avoir reforgé son épèe Nothung, a tuè Mime, le « gnôme hargneux » qui !\~leva, tué Fafner, gardien <le l'or fatidique et, instruit par le chant de !'Oiseau, il marche vers le rocher où dort la \Valküre Brünnhild, entourée d'un cercle de flammes. Au prélude un orage; au milieu duquel \Votan, le Jupiter germanique, arri,·e au pied de la montagne, sous les traits d'un voyageur; il evoque Erda, la Terre, et lui prédit la fin des Dieux, l'avcnement de l'homme; puis Erda se replonglc dans son sommeil éternel (scene I). Siegfried bientôt arrive; le voyageur veut lui empêcher l'acces auprcs de Brünnhild; de son glaive invincible, il fait voler en deux la lance du Dieu qui disparaît, laissant le champ libre au héro., jeune et joyeux; et Siegfried s'élance à la conquête de la Walküre. Après la traversée du

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