CHRONIQUE TIIÊATRALE 491 Hélas! M. Pierre Denis ne len pas le Yoilc, ne dissipa pas les ténèbres. Il s'est contenté de faire revivre quelques tableaux de cette aventure en inscrivant au-dessous d'assGz sommaires légendes : cc sont des images d'Épinal animées; c'est quelque chose comme un cinématographe un peu plus long, un peu moins essoufflé que ceux que nous voyons habituellement. Quant au conseiller intime, il parait auprcs du général, il cause aYcc lui. Mais cc n'est jamais pour l'entretenir de politique, pour discuter des idées, des plans de renoYation qu'on tkhera d'exécuter, une fois la lutte finie : c'est pour dire des choses Yagues, ou pour donner un avertissement, prédire une descente de police, annoncer la nécessité d'un départ. Vraiment, si telk est exactement la relation des entretiens des deux amis, ils échangerent bien peu de p,1roles intéressantes. L'auteur s'est attaché uniquement à nous montrer par quelle bande d'indiYidus :1pres et rapaces la popularité du général Boulanger était exploitée. C'était une meute venue de droite, de gauche, de tous les points de l'horizon, préte à se jeter sur la bête - la France - des qu'un autre, regardé comme plus puissant qu'eux, l'aurait forcfr et livrée à la curée. Ils prétendaient que celui-là travaillàt pour eux, qu'il fùt leur instrument, qu'il leur distribuùt, le jour Yenu, de larges lambeaux de venaison, et que l'on pùt enfin faire de belles ripailles. \'oilà tout cc que la piéce nous apprend, ou plutàt nous montre en action, car il n'y a là aucune révélation pour personne. ~eulemcnt cc défilé des caricatures Je gens connus, de gens que nous coudoyons journellement sur le boulevard, a diverti les spectateurs; et l'on disait: Tiens, un tel avec sa bosse, cc que c'est çà! Et l\lachin, avec son monocle, parfait! Et l'autre, avec ses favoris gris et son chapeau :\ sept luisants, merveilleux! Les noms ne figuraient pas sur le programme, mais le public avait le plaisir de les prononcerlui-même, ce qui lui était très agréable. Et ainsi nous avons retrouvé quelques éléments de la comédie politique telle que l'a créée Aristophane. C'est à cc .titre que l'oll\-ragc de l\L Pierre Denis peut être- intéressant. Dans cet affaiblissement général de l'art dramatique, il peut contribuer à ressusciter un genre, dangereux mais fécond, qui serait certainement la source de pièces de combat très curieuses et capables de passionner l'opinion. Un grand besoin d'émancipation en toutes choses s'empare de nous de plus en plus. La censure existe encore, mais on s'en affranchit chaque jour davantage. Sur beaucoup de scenes, petites ou grandes, :\ beaucoup de représentations soi-disant priYécs auxquelles assistent des milliers de spectateurs, on s'arrange pour se passer de tout contràle. On y représente les contemporains sous leurs noms, avec leurs figures, leurs travers, leurs tics, leurs ridicules, comme faisaient les citoyens d'Athenes, il y a vingt-cinq sieclcs. Il semble qu'à cette époque-là les
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