La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

474 LA REVUE SQCIALISTE placement proprement dit sui; des entreprises que le public français est incapable de contrôler ou dans des emprunts dont il ignore totalement les conditions de souscription. Or, c'était là le point que MM. les économistes auraient dù mettre en lumière à l'aide de chiffres précis, non en recourant à des raisonnements abstraits, forcément en l'air. La thèse soutenue par MM. Gay, Raphaël-Georges Lévy, Raffalowich et autres, peut se resumer dans la proposition suivante : Les capitaux exportés à l'étranger sont le trop-plein de l'épargne nationale et les placements ainsi faits constituent une source de bénéfices impossibles à réaliser sur le marche national saturé. Donc, concluent-ils, les gouvernements ne doivent ni restreindre ni empêcher par aucune mesure cette exportation de capitaux. C'est la, on le voit, une de ces thèses abstraites sur lesquelles ;;i.ime à disserter l'cconomie libérale. Elles consistent à faire abstraction du temps et de l'espace et à ëieduirc très doctement de quelques axiomes un ensemble de déductions qui s'enchainent ensuite rigou- .reusement, pour peu qu'on admette les prémisses arbitrairement posées au début de la démonstration. Mais ramenons ces prémisses à la réalité des faits. Est-il vrai que les capitaux français saturent à cc point notre marché intérieur que l'épargne française ne trouve plus de placement rémunérateur en France même et qu'elle doive recourir aux débouchés étrangers? Est-il vrai ensuite que ces débouchés constituent pour l'épargne une source rémunératrice? Voilà ce qu'il faudrait établir, pour conclure de ces vérités de fait à la neutralité du gouvernement en matière de placements extérieurs. Mais qui oserait affirmer que la France a atteint le maximum de développement et d'utilisation de ses ressources matérielles susceptibles d'être fécondées par ses capitaux? Qui oserait affirmer que nous avons atteint le maximum de perfectionnement de l'outillage, que notre machinisme industriel, agricole, maritime, ne saurait s'améliorer plus rapidement et que partant l'épargne qui \'a à l'étranger est le trop-plein des capitaux français? Poser ainsi la question, c'est la résoudre, dirait Joseph Prudhomme. Ce n'est pas tout : est-il bien vrai, comme on l'a soutenu à la Société d'économie politique, que les capitaux français exportés reçoivent une rémunération normale? Nous avons prêté à la Grèce, à la Turquie, a l'Espagne, au Portugal, au Brésil, à la Russie, à Haïti, au Honduras, à tous les États besoigneux du monde qui détiennent à cette heure plus de 20 milliards de l'épargne française. Ces milliards reçoivent-ils la rémunération normale promise? La plupart des emprunts contractés par ces pays sur le marché français ont été pour les souscripteurs une déception, les États n'ayant pu faire face à leurs engagements. Et ils n'ont pu faire face à ces engagements, parce que les financiers qui s'étaient chargés des souscriptions l'avaient fait à des

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