REVUE DES REVUES 475 taux usuraires qui laissaient les pays emprunteurs aussi paU\Tes après qu'avant l'emprunt. Il est des pays comme la Grèce dont le Trèsor n'a pas encaissé la moitié des sommes nominalement souscrites. Les intermédiaires, c'est-à-dire la haute banque, ont garde pres de 60 °/o du capital nominal. D'où l'impossibité pour la Grèce de payer l'intérêt stipulé. Il en a été de même en Turquie où l'épargne française a jeté environ deux milliards et lkmi représentant aujourd'hui .i peine douze cents millions. Laissez faire, laissez passer, <lit l'économie libérale. En l'espèce l'adage de Quesnay se traduit par : laissez piller, laissez Yoler. Seulement la neutralité qu'on réclame à l'État en matière de lancement des valeurs étrangères a un revers. Laissez faire, dit-on, quand il s'agit de drainer l'épargne. Et une fois qu'avec les milliards les groupes financiers ont créé une sorte de direction économique dans les pays asservis à leur influence, un incident Yient-il ébranler leur puissance, les financiers se retournent vers le gouvernement, invoquent son aide, l'inten·ention de la France, sous prétexte que les intérêts de son épargne sont en danger. Ce serait le moment pour les économistes de sortir la fameuse formule. Mais alors les économistes se taisent. Pas un de ceux qui le mois dernier préconisaient la liberté n'a blâmé le ministre des affaires étrangcres français de s'être préoccupé de la dette ottomane, dans ses négociations avec la Russie sur les réformes à introduire en Turquie. On me répondra que l'Angleterre n'agit pas autrement et qu'à cette heure, d'accord avec ses financiers, elle pèse sur k Transvaal' :iu profit des revendications des Uitlanders, c'est-à-dire <les entreprises minières. Cela est vrai, mais les financiers anglais ne proccdent pas comme les financiers français. D'abord, ils ne jettent pas leur épargne nationale dans des emprunts fantastiques comme ceux de Haïti, de Honduras, etc. Voyez cc qui s'est passé pour la Turquie. Tandis que nous possédons 77 °/odes créances ottomanes, l'Angleterre n'en possède que 12 °/0 • Elle occupe néanmoins à Constantinople une situ:ition politique et financière prépondérante dans le conseil de la dette. ' C'est que ses financiers sont anglais au sens le plus étroit du mot. Ils secondent l'action de leur gouYcrnement, alors que les nôtres lui nuisent souvent. Les financiers français, dans la question d'Égypte, ont suivi docilement la politique de la haute banque anglaise et MM. Gladstone et Charles Dilke ont pu affirmer sans être démentis que, l'Angleterre ayant, à diverses reprises, proposé au gouvernement français d'ouvrir des pourparlers relatifs à l'évacuation, les financiers français avaient empêché notre cabinet de répondre aux ouvertures -du Foreign-Office. A cette heure, dans la question du TransYaal, les conseils d'admiministration des mines d'or confondent l'intfrêt de l'influence anglaise
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