La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

REVUE DES REVUES 471 s'accroissait, au point de balancer et bientôt de dépasser le nombre des nationaux. Mais ces étrangers restaient des étrangers : c'est-a-dire que, soumis aux lois communes du Tr:111svaal, astreints à payer les droits d'entrée et les rcdc\'anccs de toute nature instituées par le gouYernemcnt en retour des concessions miniéres qui leur étaient accordées, les droits politiques étaient toujours l'apanage et le pri\·ilègc des Boers. Or, en même temps que se déYcloppait dans le Witwatserand et quelques autres districts du Trans\-aal la population hétéroclite réunie là pour l'exploitation aurifére, les colonies anglaises voisines prenaient un essor également considérable. La compagnie à charte installée au Cap par l'Angleterre, la Cl)(/r/ered, comme on l'appelle couramment, créait une nouvelle Angleterre dont les progrés ne sont pas une des moindres men·eillcs dues au génie colonisateur des Anglo-Saxons. La Chartcred enveloppait en quclq ue sorte le Transvaal et l'État d'Orange, et bientôt réapparurent les projets non déguisés d'annexion du territoire boer, repris par la compagnie à charte. Cette fois, l'Angleterre ne se trouvait plus en présence des Boers seulement. Elle avait lentement introduit l'ennemi dans· la place. Les Boers sont au nombre de 80,000 cnYiron. Les étrangers accourus de toutes parts forment une population à peu prcs égale à celle des nationaux. Les étrangers, nous dit M. Pierre Leroy-Beaulieu dans l'Eco110111isle du 13 mars, sont les « représentants de toutes les nations du monde; les sujets britanniques, anglais, australiens, afrikanders (on désigne sous le nom d'Afrikanders tous les blancs nés dans l'Afrique du Sud) de race anglaise en constituent de beaucoup la plus grande partie, sans doute près de~ trois quarts. » On compte ensuite 8 ù 10,000 Allemands, 4 ou 5,ooo Américains et autant d'israélites russes ou polonais. Au début, les Afrikanders, groupés dans les villes ou dans les camps miniers, se préoccupaient fort peu du gouvernement boer et de la politique transvaalienne. Leurs susceptibilités politiques ne s'éveillèrent que vers 1892, et leurs revendications politiques poursuivaient surtout un résultat économique. Les sociétés financières qui se sont constituées pour l'exploitation des gisements aurifères et à la prospérité desquelles tous ces étrangers se trouvent intéressés ont émis, ainsi que je l'ai dit dans ma dernière revue, une quantité de vignettes dont le capital nominal inscrit sur ces chiffons de papier est en disproportion énorme avec la richesse ~u Rand. De là les faillites nombreuses survenues, les fusions et groupements de toute nature par lesquels on a dissimulé une partie des pertes sèches éprouvees par les actionnaires. Ces sociétés, ayant majoré le capital d'émission au point de grever leur exploitation de charges très lourdes, sollicitèrent tout d'abord avec déférençe la diminution des redevances sur l'extraction, la réduction des tarifs de transport, l'allègement des droits établis a

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