LES DERNIÈRES ÉLECTIONS EN AUTRICHE Le jour de la bataille se lem enfin, mais cc [ut pour éclairer la défaite complète des soci,1listcs: leur chef même, le docteur Adler, fut vaincu par son concurrent, simple garçon de café d'une instruction douteuse. Grandcfut Li surprise pro\'oquée par cc résultat très inattendu, surtout si l'on considère que c'est spècialement la population ounièrc viennoise qui ré~lamait aYcc le plus d'énergie le droit de vote, droit qui deYait permettre au peuple d'exprimer bien haut sa \·éritable opinion. Mais une fo;s la lutte tcrrnint'.:e, on comprit les causes du désastn:. Il est certain qm.: l'illusion des socialistes était trop forte: en effet d'une part beaucoup de traYaillcurs attendent encore leur salut des efforts du cléricalisme, de même que la petite bourgeoisie est encore entièrement antisémite; il faut de plus avoir égare! à l'énormité de l.t pression oHicicllc, et:\ la partialité des commissions de surveillance du scrutin, cc qui avait précisément en cette circonst.rncc une influence considérable, car presque tous les électeurs rnt:1ient pour l.1première fois, et il était facile de les induire en erreur ou de les intimider. Mais dans peu d'années l.t face des choses changera assurément; les socialistes n'ont point perdu courage, car il y a quelques jours - lorsque, scion une Yieillc tradition, ils ont Yisité les tombeaux des glorieuses victimes dt: mars r8..J.8, tombées en gagnant :\ l'Autriche sa Constitution - un de leurs chefs s'est écrié: « Quoique le mot d'ordre des derniers jours d'élections ait été: En arrière! celui d'aujourd'hui, celui de demain sera: En avant, en arnnt, toujours en a\·ant ! » On avait moins d'espoir pour les candidatures des socialistes dans les proYinccs, et, par une compensation du sort, cc sont justement les sièges sur lesquels ils ne comptaient pas qu'ils ont emportés d'assaut. Il était d'ailleurs évident dés le début que dans les campagnes qui avoisinent les Alpes, où les riches paysans so1~thabitués :'t se laisser mener aux urnes par leurs curés, cette dévotion devait être un obstacle a rien tenter. Mais la chose était toute différente dans les grandes ,•illes et surtout dans la Bohême, qui est, de la monarchie cntiérc, le pays le plus avancé sous tous les rapports. Le nord de la contrée, limitrophe de la Saxe dont elle subit l'avantageuse influence, offre spécialement une industrie tn'.:s développée, tandis que plus bas, vers le centre, les mines inépuisables de charbon, qui sont le gagne-pain d'une foule immense, présentent tout préparé un excellent champ d'agitation et de culture pour la bonne semence, et sont une occasion toute trouvée pour que les ouniers s'organisent de leur mieux ... Cc qui est arrivé. Voilà la raison pour laquelle, :'t clic seule, la Bohême a fourni la moitié des députés socialistes ..... Les heureux qui triomphèrent au premier tour sont rares : il leur a fallu la plupart du temps se confier aux chances plus hasardeuses encore du scrutin de ballottage. Plus hasardeus~s et plus faibles, car on vit ce touchant spectacle: les bourgeois
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