LA REVUE SOCIALISTE qucs annces, par une évolution assez rapide, l'aristocratie regagnant peu à peu le terrain perdu, finit par se retrou\'cr ù la tête des affaires, aidée en cela par l'empereur, l'aristocrate par excellence, qui préferait é\·idemmcnt s'entourer et s'appuyer d'une caste sociale moins cloigncc. LorsquL donc on a été forcé de céder aux revendications populaires, on a créé en face des quatre prcmieres catégories une cinquième qui contient tous les hommes majeurs, pouvant prouver qu'ils ont le degré \'Oulu d'instruction, c'cst-ù-dire sachant lire et écrire. l\1ais, tandis que les autres curies e1woient au Parlement c1wiron 3 50 députés, la dernière n'a le droit d'avoir guc 72 représentants : il en résulte la grande injustice dont il a été fait mention plus haut. Il était d'ailleurs à prévoir que de ces nouveaux mandats une minime partie seulement écherrait au socialisme, alors que la majorité aiderait à augmenter encore la puissance des anciens groupes : ces préYisions se sont réalisées. En effet, les élections de la cinquieme curie sont déjà faites, et clics n'ont amené au Rcichsrath que I..J. socialistes; et pourtant l'excitation qui les a précédées et accomp:ignécs n'avait jamais été Yuc en Autriche. Comme aux temps écoulés où, sur le lac de Génésareth, un nouvel Évangile était annoncé, les sévcres montagnards sont descendus pour la premil'.:re fois dans les villes voisines pour y boire les paroles des orateurs venus de loin, qui leur montraient le royaume futur et une diminution de leur misere. La vieille cité impériale du Danube a vu des jours où ses habitants - qui sont fiers d'habitude de s'appeler eux-mêmes les c< Viennois cxtrêmcnt joviaux >> « die urgemüthlichc \Vicner >>- étaient comme des lions furieux prêts à s'entredéchirer. C'est là du reste que l'intérêt de la lutte était concentré; c'est sur Vienne que se fixaient les-yeux de toute la monarchie; il y aYait cinq siegcs à se disputer. L'agitation des partis y durait déjà depuis plusieurs mois; celui des libéraux, qui avait toujours eu coutume d'y voir ses candidats élus triomphalement, y était déjà entièrement démoli et avait même renoncé à combattre. Il n'y avait plus en présence désormais que deux drapeaux : les chrctiens-socialistes et les socialistes-démocrates, dont les chefs les plus en vue, le docteur Lueger d'un côté, le docteur Adler de l'autre, avaient posé leur candidature. La victoire des socialistes, et surtout celle de certains d'entre eux, était, disait-on, assurée. Saisi de funestes pressentiments, Luegcr avait même demandé au gouverneur la protection des fusils Mannlicher pour lui et s~s amis au jour des élections, mais il subit un refus. A la dernière heure, les feuilles libérales, particulièrement la Nouvelle Presse Libre, engageaient encore leurs partisans à voter contre la« Réaction >> et contre la« Prêtraille >>.
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