La Revue socialiste - 1897 - Tome XXVI- vol 01

LES DERNIÈRES ÉLECTIONS Dl AUTRICHE l'avenir comme pour le présent, la suprématie la plus complcte aux classes dites supérieures. Un ministère était tombé sous les difficultés qu'offrait la solution d'un tel problcme; un autre suivit qui eut plus de chance et réussit. Seulement, à l'exemple des sauvages qui coupent le nez, les oreilles et les extrémités de leurs prisonniers, il mutila le projet tant et si bien qu'il le fit méconnaissable. Selon la loi électorale en vigueur jusqu'à ces derniers temps, l'aristocratie et le haut clergé, la haute finance, la bourgeoisie des villes et celle des campagnes formaient quatre curies '<listinctes, dont chacune envoyait au Rcichsrath un certain nombre de députés. A la prcrnicrc, appelée wrie desgrn11dspropriétaires, appartiennent tous ceux dont la fortune territoriale atteint une valeur déterminée; la véritable mesure de cette Yaleur, dont l'expression nurnérale ne dirait peut-être rien à l'oreille, s'indiquc suffisamment par cc fait qu'ils peuvent viHc des revenus du sol qu'ils posscdcnt, sans avoir à s'inquiéter d'une autre occupation. C'est au moycn-àge, décoré du nom de romantique, qu'ils se sont approprié les terres les plus grasses, et ils ont su s'en maintenir les maîtres jusqu'aujourd'hui. Leur nombre est 1rnlllrelle111e11t très restreint, et c'est pourquoi il arrive que se partageant entre douze ou quinze toute une contrée, ces douze ou quinze privilégiés ont le droit d'élire un député, alors que d'autre part une agglomération de plus de 50,000 plébéiens ne peut se faire - ainsi que nous le montrerons - représenter également que par un seul . délégué. On dirait naimcnt que ces messieurs ont été engendrés d'après une sélection toute particulicre. La deuxième curie est le représentant tout désigné du capitalisme. Les chambres de commerce, qui la constituent, sont des institutions fondées pour l'encouragement de l'industrie et des professions manuelles; les membres en sont élus par les di verses corporations et par les négociants, et correspondent à peu près à ce qu'en France 011 nomme un tribunal de commerce. Leur fondé de pouvoirs est bien entendu un homme de leur rang et de leur situation, qui n'a par conséquent en vue que les intérèts du groupe, et dont la seule occupation, lucrative à la vérité, coi1sistc a couper les coupons de ses rentes. C'est parfois aussi l'asile des députés gui ont perdu la confiance du peuple et qui n'ont pas étt réélus dans les deux autres curies. Celles-ci sont laissées à la bourgeoisie payant impàts, c'est-à-dire dans les villes au petit commerce et aux. propriétaires d'immeubles, tandis qu'en dehors ce sont surtout les gros paysans. Dans l'idée du ministère libéral gui établit une telle Constitution, cet arrangement devait contribuer à donner à la bourgeoisie les rênes de l'État; mais il avait, comme on dit, compté sans son bote. En effet, au bout de quel-

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