LA BANQUE D'ETAT ET LA GRÈVE DU NORD-EST EN SUISSE 45 3 mcnagca ni argent ni mensonges. C'était, ù les entendre, le danger de guerre, compromettant l'avenir économique de la Suisse dans de terribles catastrophes financières, les politiciens s'emparant des biens de la nation et se servant de son crédit à leur propre profit, c'était le cours forcé, la mise en mouvement de la planche aux assignhts, et surtout le spectre rouge du socialisme, agité comme un épouvantail. Aventuriers, les magistrats qui avaient proposl'.: la loi, cherchant ,t ruiner la patrie par leurs « néfastes expériences ». Faut-il s'étonner aprcs tout ceb que le peuple, ignorant le fond de h question, se soit laissé effrayer et :iit YOté contre ? L'on pourrait supposer maintenant que cette dcfaite a décourag~ les partisans de la Banque d'État. Il n'en est rien. L'article 39 de la constitution fédérale attend son exécution, il faut qu'une loi vienne le mettre en pratique, ù moins qu'un mOLffemcnt ne se produise en faveur de la suppression du monopole des billets de banque. Mais cela n'est pas à craindre. Au contraire, une loi ne; tardera pas à être soumise de nouveau au peuple, loi qui ne différera peut-être que très peu de celle qui vient de tomber sous le verdict populaire. Le capitalisme :i réussi à retarder la solution de b question et les actionnaires des banques privées continueront à empocher pendant quelque temps encore de beaux dividendes. Mais leur joie sera de courte durce. Déjà, au cours de la dcrnicrc session des Ch:imbres fédérales (mars 1897), deux motions relatives à la question ont été déposées. La première, signée par quelques radicaux romands qui :ivaient combattu la loi rejetée en février, demande au Conseil fédéral de présenter dans une prochaine session un rapport et un projet de loi sur la création d'une « Banque nationale ", à responsabilité limitée, revêtant une personnalité juridique indépendante de l'État, et dont le capital sera fourni par la Confédération, les cantons et eventucllement les banq ucs cantonales. Cette banque aura son siège ù Berne. La loi détcnninern le mode de nomination des organes de la banque, qui devront être sous la direction et le contràlc de la Conféd<'.:ration. A tout prendre, ce projet peut être rang<'.:aussi parmi les tentatives de nationalisation; seulement, il s'agit ici d'une nationalisation basée sur le principe féderaliste plutàt que sur le principe centralisateur. Il nous sera facile, à nous autres soci~listes qlli aYons résolument voté oui le 28 févrià, de nous rallier, sous certaines conditions, à ce dernier projet. Mieux vaudra nous entendre avec les fedéralistcs, malgré leurs allures souvent conservatrices, qu'avec la haute finance qui, malgr<'.:ses belles promesses à la veille de la votation populaire, n'a pas encore trouvé moyen de présenter un projet clair et précis. La seconde motion, présentée par MM. Cramer, Frey et consorts, grands prêtres du dieu Mamon, n'est autre chose qu'une cnigmc,
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